Ludwig Wittgenstein. Fiches. Trad. de Jean-Pierre Cometti et Elisabeth Rigal. Gallimard. 169 p.

Les lecteurs francophones de Wittgenstein (1889-1950) seront heureux de voir paraître cette traduction des «fiches» de l'auteur du Tractatus. Il s'agit de quelque 700 brefs fragments que Wittgenstein avait lui-même extraits à partir de manuscrits qu'il n'a la plupart du temps pas gardés, et qu'il avait regroupés sans souci de classement. Il les a ensuite lui-même réélaborés, leur conférant ce statut étrange de coupures relues et corrigées. Dans ce style inimitable qui est le sien, Wittgenstein poursuit ici les recherches caractéristiques de sa «deuxième philosophie», celles qui le conduisent à traquer tous les pièges du langage, notamment et surtout dans les expressions de nos actes mentaux. Exemple: «Je peux prêter attention au cours de mes douleurs, mais non à celui de ma croyance, de ma conviction ou de mon savoir.» Ou encore: «Quelqu'un peut feindre qu'il est inconscient. Mais conscient?» Toujours, il laisse la conclusion suspendue, comme si la question était déjà la réponse.