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mélanges

Fragments de Roberto Bolano

L’écrivain disparu en 2003 revient dans un recueil de textes épars qui le rendent plus proche et plus amical.

Genre: inédits
Qui ? Roberto Bolaño
Titre: Entre parenthèses
Chez qui ? Trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio

Chez qui ? Bourgois, 486 p.

Dans les dernières années de sa courte vie, et depuis sa mort en 2003, Roberto Bolaño est devenu une sorte d’idole confidentielle, un secret pour happy de moins en moins few. Entre parenthèses rassemble des textes écrits entre 1998 et 2003: chroniques, conférences, fragments autobiographiques parus dans des revues espagnoles et latino-américaines. Fallait-il les réunir? Certainement: ensemble, ils créent une image nouvelle de Bolaño, plus proche, plus amicale. Ils font saisir l’attachement que l’on ressent pour ce «petit macho latino désespéré». Il sait parler des livres, des écrivains avec une telle justesse que même les inconnus deviennent familiers. Il pratique l’ironie, bien sûr, elle fait partie de son fonds, mais elle n’empêche pas une sincérité fondamentale de passer très directement, de personne à personne. Au milieu des auteurs latino-américains, tout à coup surgit un souvenir d’adolescence, un récit de Tourgueniev, Dimitri Roudine, croit-il se souvenir. Et il raconte ce roman qui n’est peut-être même pas très bon mais qui commence à vivre dans la mémoire du lecteur comme s’il y était tapi depuis toujours.

Bolaño a beaucoup inventé sa vie. Il est né au Chili, a grandi au Mexique; à 20 ans, il est rentré pour participer au Front populaire, mais le coup d’Etat de Pinochet a mis fin immédiatement à ces velléités révolutionnaires. Il a fait un peu de prison avant d’être expulsé et de galérer à travers le continent. Peut-être tout cela n’est-il qu’invention, tout comme une grande partie de sa biographie. Par la suite, il s’est établi en Espagne où sont nés ses deux enfants, et aujourd’hui ses descendants se disputent à propos de l’image qu’ils souhaitent devenir officielle. Mais quelle importance? Dans la douzaine de livres qu’il a laissés, dans ces chroniques aussi, existe fortement une vérité de cet homme. «Fragment d’un retour au pays natal» regroupe des textes sur le Chili, sur la notion même d’exil, sur la poésie de Nicanor Parra, l’univers de Borges. Qu’il parle des bandes dessinées de son enfance, du football, du rock, d’un tableau de Titien, des empanadas, Bolaño se meut toujours dans le territoire de la littérature, sa vraie patrie. Se promener en sa compagnie sur «les terres du mauvais goût qui sont (ses) terres natales» est un bonheur, drôle – il ne s’encombre pas de précautions oratoires – et mélancolique. La mort est à l’œuvre, il s’agit de la tenir à distance par l’ironie et la précision de l’expression. Très peu de temps avant sa mort, il a donné une longue interview parue dans Playboy . Elle est exemplaire.

Anvers, un de ses récits les plus noirs, est réédité en poche chez Bourgois.

Une image nouvelle de Bolaño, plus proche, plus amicale

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