Colette B.: les champs chromatiques disposés sur ses toiles, par étages, rappellent, en moins solennel, les compositions de Mark Rothko, pour la profondeur de la couleur, sa manière de se diluer dans les bords. Le travail par couches successives, dont quelques signes, dans les marges, aux jointures, rappellent les premières posées, est le moyen pour l'artiste d'atteindre cette profondeur. Cette évidence de teintes pourtant cachées et d'une richesse enfouie permet à ces toiles de vibrer, d'exploser dans le regard.

Non que les couleurs soient toujours chaudes et lumineuses; certains tableaux préfèrent les tonalités beiges et discrètes, et ce ne sont pas les moins attachants. Quant aux peintures ou dessins, ils témoignent d'une économie de pigments encore plus marquée; en revanche, ils donnent la possibilité au motif d'apparaître, plutôt signe que motif d'ailleurs, et à l'aspect méditatif de se manifester dans une forme souple, une répartition de nuances, une esquisse d'écriture.

Les peintures à l'acrylique, amples, carrées ou rectangulaires, parfois des polyptyques qui font dialoguer deux intensités de bleu ou trois registres de teintes, du rose à l'ocre en passant par un jaune safran, témoignent d'une véritable immersion de Colette B. dans son travail, effectué dans le silence. Ou ce sont des formats carrés, découpés en bandes, très sobrement, qui font vivre la toile et interpellent le spectateur, le contentent pleinement. On sent un travail sur la mémoire, qui elle aussi fonctionnerait par strates, où l'esprit creuserait ses sillons, en quête d'une identité.

Artiste domiciliée à Neuchâtel, Colette Eigenheer-Bourquin présente ici une trentaine de toiles paisibles et exigeantes, d'une fraîcheur reconquise sur les efforts et les mécomptes d'une vie, et héritée de ses joies.

Colette B.: Oser la peinture. Galerie Alexandre Mottier, bd Georges-Favon 17, Genève. Ma-ve 14-19h, sa 11-17h. Jusqu'au 15 nov.