Les polices de caractères sont partout. Pourtant nous prenons rarement le temps de nous intéresser au dessin des lettres que nous lisons. Cette semaine, «Le Temps» vous propose une plongée dans le vaste univers de la typographie.

Bien qu’on en voie encore au sommet de la une de certains journaux de référence, surtout aux Etats-unis et dans l’espace germanophone, les polices de caractères gothiques sont aujourd’hui reléguées aux pochettes d’albums de heavy metal, à certains symboles mathématiques ou encore aux rayons des livres illisibles chez les bouquinistes. Elles sont aussi prisées des mouvances néonazies, attirées par une esthétique trop rapidement associée à l’Allemagne des années 1930. L’histoire de la Fraktur, comme on la nomme en allemand, est pourtant riche et nuancée.

Pour le saisir, il faut remonter à la fin du Moyen Age. Dès le XIIe siècle, l’écriture gothique – ou gebrochene Schrift (écriture brisée) – devient un standard en Europe. Composée de traits droits plus simples à tracer à la main que des courbes, elle s’impose aux copistes et permet d’offrir une expérience uniforme de lecture des manuscrits.