Le temps des séries TV

Ancienne cuisine

France 2 se régale. Très attendue, et bien promue, sa série Chefs, ces temps le mercredi soir, lui offre un succès rare pour une production originale. 4,3 millions de téléspectateurs au début, peu de pertes: la chaîne publique a pu doubler TF1, ce qui n’est pas fréquent. Les experts ont calculé qu’avec Chefs elle est meneuse sur la tranche des ménagères de moins de 50 ans. Elle alimente les discussions et le concept va générer ses produits dérivés, un livre de cuisine est déjà annoncé. Elle a reçu une mention du jury ainsi que le Prix du public au Festival de Luchon, et la presse est dithyrambique – ce qui, en France pour une série nationale, est encore plus rare que de voir le service public dépasser TF1.

Malgré ce thème alléchant, je partage peu l’appétit collectif. Pour les bons côtés, Clovis Cornillac en fait beaucoup en chef tourmenté et autoritaire, mais il impose une stature plutôt convaincante. Le cadre a son originalité et les scènes de brigade, quand on n’est pas dans des frictions de petits coqs, intéressent justement par la particularité de ce contexte.

Mais l’on voit bien que les auteurs veulent multiplier les pistes, notamment le passé du chef et sa relation au petit nouveau qui rejoint l’équipe, aussi bien que les jeux troubles de ce dernier, sorti de prison. D’anciennes histoires de braquage refont surface, puis apparaissent les problèmes d’argent du chef. A présent, on en est à un mort, accidentel, planqué dans la chambre froide. Sans compter quelques sous-intrigues liées aux affaires plus précisément de cuisine, à des défis culinaires, les pistes les plus savoureuses. Au fond, le cas des héros s’aggrave, le scénario aussi.

Sur France Info cette semaine, Clovis Cornillac disait son affection pour la série parce que, «comme House of Cards, elle ne se tient pas seulement à la situation, au contexte, mais elle met en jeu de grandes passions humaines». Sans doute. On peut objecter qu’elle quitte trop souvent son cadre. En résumé, dans Chefs, j’adore ce qui se passe en cuisine, je baille dès que l’on en sort. On pouvait se réjouir d’une pertinente nouvelle cuisine, minimaliste, jouant de ses propres limites, à commencer par le périmètre des fourneaux. On a un bon cassoulet, savoureux, un peu lourd.