Trop de jeunes cinéastes français ne se sont pas remis de la politique des auteurs défendue par Les Cahiers du Cinéma. Mal assimilée, elle les a convaincus que l’ennui est un gage de génie.

Les Chants de Mandrin, de Rabah Ameur-Zaïmeche, refuse toute tentation spectaculaire. Cette évocation de la vie des bandits au grand cœur prend le contre-pied de Cartouche, avec Belmondo, et de toutes les versions de Robin des Bois. En une époque où la surenchère menace le 7e art, on est prêt à soutenir une démarche qui a pu faire ses preuves et découvrir comment les hommes de Louis Mandrin perpétuent l’esprit libertaire de leur chef exécuté. Mais la tolérance a des limites. Ce film sentencieux évoque quelque spectacle didactique, genre Une région, une histoire, joué par les Tréteaux du Coin, sur un script des ateliers écriture du Puy des Etangs de la Motte. Les comédiens réussissent à être grandiloquents et ternes à la fois.

Maussaderie existentielle

Un autre film en compétition s’avère plus pénible encore. Dernière Séance, de Laurent Achard, emprunte son titre à une chanson d’Eddy Mitchell pour ranimer encore une fois la nostalgie frelatée d’une cinéphilie défunte. Sylvain, jeune homme grisâtre dont la moue reconduit la maussaderie existentielle de Jean-Pierre Léaud, s’occupe d’une salle de quartier, forcément vouée à la fermeture. En matinée et en soirée, l’odieux petit bonhomme passe des films de Renoir, de Visconti, de Jacques Demy. Et puis, il part en chasse.

Car Sylvain est un serial killer. Il coupe les oreilles de ses victimes et les colle sur la photo des stars qui tapissent son antre, au sous-sol du cinéma. Tout ça, parce que sa mère castratrice voulait faire de lui une vedette… Au-delà du hiatus, comme si Truffaut ou Eustache avaient adapté Le Silence des Agneaux, on notera que la qualité du scénario est inversement proportionnelle à la prétention de l’auteur. Qui conclut sur un extrait de French Cancan. Avec ses stars, sa musique, ses couleurs, sa joie, le film de Renoir souligne les carences de Dernière Séance.

Le salut du cinéma d’auteur français vient du nord. Danemark, via les ancêtres de Mia Hansen-Løve, ( Un Amour de Jeunesse ), ou Finlande, avec Aki Kaurismäki. Qui filme la France d’en bas repeinte de turquoise fané et retrouve le réalisme poétique de Carné-Prévert pour parler d’immigration sous l’angle de la fraternité. Le cinéma d’auteur français a de l’avenir. Kaurismäki le confirme dans Le Havre.