service public

France Télévisions écartelée

L’audiovisuel français dispose toujours de moyens considérables. Mais les syndicats protestent face aux mesures d’économies annoncées. En fait, on demande à la TV publique à peu près tout et son contraire

Ils ont fait grève, ce jeudi. Les salariés de France Télévisions protestaient contre un plan de réduction de voilure qui prévoit 600 départs, volontaires. Mouvement d’humeur syndical habituel, mais qui a lieu en une période de doutes pour le service public français.

L’ensemble télévisuel demeure costaud. Il se décline en ses chaînes France 2, 3, 4, 5, France O ainsi que Gulli – cette dernière, pour enfants, pourrait être reprise par le privé, Lagardère en possédant déjà une partie. France Télévisions emploie 10 200 personnes pour un budget de 2,5 milliards d’euros. Il y a plus mal loti. Toutefois, les soucis s’accumulent, aussi bien sur le plan des finances que sur celui de l’offre. Les recettes publicitaires dévissent. L’Etat réduit sa dotation directe. Un projet d’extension de la redevance à tous les ménages – actuellement en débat en Suisse – risque de passer à la trappe en raison de querelles entre ministres… La grosse holding publique est aussi critiquée pour le flou identitaire de ses chaînes: le téléspectateur ne sait plus trop ce qui différencie France 2 ou 3, ni quel est le rôle de France 4, sinon de déversoir à séries. Une refonte de cette dernière est en cours pour, disent les stratèges de France Télévisions, l’orienter vers «les nouvelles écritures et les nouveaux publics». Voilà qui éclaire tout.

Dans la tourmente, on ne sait trop ce qu’il adviendra de la fiction. Depuis l’arrêt de la diffusion de pubs dès 20h, assortie de l’injonction à un retour aux valeurs du service public – une notion délicieuse d’indétermination –, le vaisseau France Télévisions tangue. Ce, au moment où les audiences des chaînes historiques, TF1, France 2 et 3 ainsi que M6, baissent face aux nouveaux venus de la télévision numérique. Le groupe public se trouve écartelé comme jamais, entre audace commandée et besoin de succès. A la recherche d’une audience fuyante pour justifier sa redevance, tout en jouant la particularité publique, fût-elle non définie. Jusqu’ici, ces contraintes contradictoires ont profité à la fiction, donnant Fais pas ci, fais pas ça comme Un Village français. Mais l’incertitude s’accroît.

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