Son apparition cet été avec l’OSR a été discrète. Pour le rendez-vous «A la plage», déplacé au Victoria Hall pour cause de mauvais temps, le pianiste a joué le Concerto de Ravel. C’est cette fois dans des conditions normales que l’interprète tessinois était de retour à Genève mercredi avec celui de Schumann, à l’occasion de son premier concert d’abonnement.

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Le Temps: Avez-vous déjà vécu une résidence dans un orchestre? Qu’est-ce que cela représente pour vous?

Francesco Piemontesi: Une invitation de ce type, non. J’ai collaboré régulièrement avec différents orchestres ou dans des festivals, mais pas sur une saison entière, avec plusieurs concerts, master classes et rencontres. J’adore cet orchestre, avec qui j’ai déjà joué, enregistré un disque de Frank Martin et pour qui je suis allé à Hambourg choisir le piano de concert. Nous nous apprécions et fonctionnons assez organiquement. Je suis très heureux que notre relation se renforce encore à l’occasion de cette résidence. C’est une opportunité formidable d’approfondir le contact musical et humain. Aussi avec le public et Genève, que j’aime énormément. J’ai un peu l’impression de revenir à la maison.

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Pourquoi avoir choisi le «Concerto» de Schumann pour entamer votre collaboration?

Un des autres grands avantages de cette invitation, c’est la carte blanche qui m’a été donnée pour le choix des œuvres. Je trouve que le Concerto de Schumann est une pièce particulièrement chambriste qui correspond bien à l’esprit de partage de la résidence. L’orchestre reprend des motifs que je joue et l’incrustation du piano dans le tissu orchestral est très serrée. Les dialogues avec la clarinette ou les cordes sont magnifiques. C’est un formidable «take and give» entre le soliste et le groupe, idéal pour créer du lien.

Quels passages vous inspirent spécialement?

C’est très difficile à dire. L’œuvre est composée comme une grande arche tendue entre les trois mouvements. La cadence est évidemment gigantesque et la dimension pianistique très développée, avec des explorations incroyables. Le moment de grâce à la toute fin du deuxième mouvement est pour moi un passage inouï, comme si le temps s’arrêtait. Le silence du public est souvent éloquent tant la concentration est dense.

Vous avez été marqué par de grands maîtres. Quelles traces chacun vous a-t-il laissées?

Cécile Ousset a refondé toute ma technique avant de me faire reprendre le répertoire, de m’accompagner en concert et de me faire rencontrer des agents. Elle a été un coach fabuleux. Alexis Weissenberg m’a ouvert les horizons philosophique, artistique et humain. Alfred Brendel m’a formé à l’écoute instrumentale. Il entendait tout ce qui n’allait pas et le reprenait de façon méthodique, par un travail maniaque. Perahia, c’était l’analyse musicale schrekerienne, l’écoute intérieure.

La palette complète, en somme…

Oui, c’est vrai, j’ai pris chez chacun ce qui était nécessaire à mon épanouissement musical. Je suis un peu une pie voleuse du classique.

L’enseignement sera-t-il une façon de retransmettre ces apprentissages?

Certainement. Je commence à y penser, à 37 ans. J’ai l’impression d’avoir atteint une forme d’équilibre. Quand le temps sera venu, je retisserai ce fil.