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Voguant sur le succès de son magazine «So Foot», Franck Annese a bâti un groupe de presse anticonformiste et touche-à-tout qui fleurit dans l’Hexagone.
© Jean-Luc Bertini

Médias

Franck Annese, être «So Swiss» lui va bien

Le patron français du groupe So Press se réjouit du partenariat avec Présence Suisse durant l’Eurofoot. Et n’exclut pas de regarder un jourles opportunités de ce côté-ci de la frontière

Sa photo suffit pour le présenter. Casquette de baseball rivée sur le crâne. Barbe touffue. Cool attitude. Franck Annese, pas encore 40 ans et une fille en bas âge prénommée Bambi, incarne juste l’inverse du cliché traditionnel du patron de presse. Il n’en est d’ailleurs pas un, ou si peu. Son groupe So Press, bâti autour du succès du mensuel So Foot pour intellos passionnés de ballon rond, a surtout le goût de la belle aventure.

Une seule hiérarchie rédactionnelle qui vaille: la sienne et celle de ses potes les plus proches. Une boulimie éditoriale au gré des opportunités. En version papier, vidéo, Web. «On aime le papier. Mais tout a une fin. On essaie. On teste. On s’adapte», explique-t-il au Temps, dans l’un des sofas gentiment déglingués de son repaire de journalistes et d’idées, pas loin du café La Belle Equipe. Là où les terroristes du 13 novembre finirent leur mortelle équipée en y tuant près de 20 personnes attablées en terrasse.

Culture du ballon rond

L’autre titre phare du groupe, Society, est presque né d’un hasard. L’Express et L’Obs coulent. La fenêtre du «sociétal» est grande ouverte. La France et le monde racontés plutôt que jugés. Les personnalités choyées plutôt que critiquées. «J’aime pas le côté recette que nos titres laissent parfois croire. Je regarde. J’écoute. Et si l’envie commune est là, on y va», poursuit le So Patron. Le fait d’avoir déjà à son actif des interviews de François Hollande, Manuel Valls ou du milliardaire des télécoms Xavier Niel ne l’empêche pas de parler avant tout de son prochain projet éditorial: Running Heroes, un magazine sur la course à pied programmé en septembre. Mélange des genres: «Et alors? riposte-t-il. Nos vies ne sont pas cloisonnées. On peut aimer la politique, le foot et le jogging. D’autant plus que tout cela tourne autour d’un sujet unique: comment des hommes et des femmes peuvent faire la différence.»

Franck Annese sait que ses pairs de la presse parisienne le prennent pour un hurluberlu tout en le jalousant. Il sait aussi, tout en prétendant le contraire, que le succès de Society auprès de la classe politique tient plus de l’alibi que de l’attraction mutuelle. Qu’importe. Dans une France fracturée aux élites discréditées, les journaux ne meurent-ils pas à force de se prendre au sérieux? «Sa grande intelligence est de comprendre que ces élites qui n’ont plus rien à dire veulent le dire autrement et ailleurs. Society est le présentoir qui plaît. C’est déjà énorme», sourit un vétéran de la presse magazine… qui cherche depuis des mois à le rencontrer.

Au culot

Bien vu, mais pas complètement juste. Car So Foot, choisi par Présence Suisse comme partenaire de la fan-zone helvétique à Paris durant l’Eurofoot, au club Wanderlust, est tout sauf un fanzine. Des papiers fouillés et décalés. Une vraie culture du ballon rond. L’ancien international français Vikash Dhorasoo, successeur de Dominique Rocheteau comme gourou de la foot-intello-artistique-fashion, en est l’un des actionnaires. Que du bonus pour Nicolas Bideau, patron de Présence Suisse. «Ils sont cools. Ils savent causer. Ils sont curieux. Bingo», lâche l’intéressé, qui, en bon diplomate helvète, fait quand même compter le nombre de passants et de voitures sur le pont d’Austerlitz voisin pour nourrir ses rapports bernois de statistiques sur la fréquentation des lieux.

So Press est au fond déjanté comme la Suisse: intelligence «provinciale» revendiquée jetée à la figure des élites parisiennes, doublée d’un vrai sens des affaires: «Jamais le Quai d’Orsay n’aurait eu l’idée d’une telle fan-zone culturelle, sportive et musicale dans une capitale étrangère. La France meurt de raisonner en silos. La Suisse pas», complète Franck Annese.

On voudrait bien causer sujets, nouveau journalisme, succès éditorial. On lui parle d’Actuel, l’ancêtre évident de Society qu’il affirme avoir découvert après le premier numéro de son magazine. Pas facile. La vraie recette de So Press n’est pas journalistique. Elle est humaine. C’est celle du clan et du refus des normes. Porte ouverte aux journalistes indépendants certes mal payés, mais fiers de disposer de quatre à six pages pour leurs sujets. Goût prononcé pour la compilation d’infos réécrites avec soin et pour le long format qui permet à Xavier Niel de se raconter à la Balzac durant plus de deux heures.

De Macron à Escobar

«Je ne prépare jamais mes questions pour ce genre d’interview. J’enchaîne. Je rebondis. On ne casse pas le modèle. On n’en a pas», complète Franck Annese. OK. Le culot paie, tant mieux. Society ressemble à un podium de mode où les modèles défilent pour tous les goûts. Vous aimez, vous lisez. Focus lectrices pour un magazine surtout fait par des mecs. Muhammad Ali en couverture, ruisselant de sueur. Emmanuel Macron en costume de minet cintré. Manuel Valls en parrain. Le défunt trafiquant colombien Pablo Escobar raconté comme le héros de série télévisée qu’il est d’ailleurs devenu (Narcos, sur Netflix): «Mon père était technicien dans les installations de télévision, ma mère, coiffeuse. J’ai fait une Ecole de commerce. Je vois ce que les gens aiment lire.»

Alors, on danse? Non, So Press publie. Sa maison d’édition vient de traduire un livre très sérieux sur Vladimir Poutine, entre deux beaux livres sportifs. Au Wanderlust, à l’invitation de Présence Suisse, So Foot a mené des débats, entre expos artistiques helvètes et éloge des Festivals de Montreux et Locarno. «Etre So Swiss me va bien», conclut Franck Annese, curieux de cette capacité helvétique à être décalé sans oublier de calculer. Les mariages de déraison sont parfois les meilleurs.

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