Franck Chartier, si à fleur de peau et d’âme soit-il, ne déroge pas à la règle ferme du port du masque en entretien. Sur le plateau, il se plie à la pose photo, visage nu. Dans les deux cas, il assume ses responsabilités avec douceur et fermeté. On se souvient que le danseur français lança sur les scènes son premier spectacle Caravana en 1999. Le voilà qui débarque au Grand Théâtre pour une première expérience opératique. Cela a quelque chose de surréaliste. L’univers de la troupe Peeping Tom, qu’il a fondée en 2000 et codirige avec Gabriela Carizzo, se situe à des années-lumière des codes du monde lyrique.

Dans la tradition du genre pluri-centenaire, proposer une forme d’opéra-théâtre dansé, avec d’importants ajouts musicaux, tient de la performance funambulesque. D’autant plus pour le registre baroque, si fragile et délicat. Le grand écart ne semble pourtant pas perturber l’artiste, habitué aux mouvements extrêmes du corps et de l’esprit. S’attaquer à l’un des monuments fondateurs de l’épopée lyrique paraît pourtant s’être fait sans problème.