Spécial Cité de la musique

François Abbé-Decarroux: «Un seul mot clé: l’ouverture»

Directeur de la HES-SO Genève, dont fait partie la Haute Ecole de musique, et membre de la Fondation pour la Cité de la musique, François Abbé-Decarroux attend beaucoup de ce nouvel écrin: plus qu’un temple du classique, il devra permettre les échanges, tant humains qu’artistiques

Pris dans la frénésie du concours d’architecture de la Cité de la musique, dont le premier tour s’achève cette semaine, François Abbé-Decarroux prend tout de même volontiers un café pour parler du futur bâtiment qui se dessine. L’étape est cruciale selon le directeur de la HES-SO Genève, qui souhaite que ces murs reflètent l’esprit du projet: une Cité de la musique accessible, accueillante, fondamentalement à l’écoute. Un plus aussi pour les étudiants.

Le Temps: Qu’attendez-vous de la Cité de la musique?

François Abbé-Decarroux: Bien sûr, en ma qualité de directeur général de la HES-SO, je répondrais d’abord: de nouveaux locaux. Aujourd’hui, la Haute Ecole de musique (HEM) est dispersée sur six sites différents, ce qui complique son fonctionnement. Les salles, dont celles du bâtiment principal à la rue Petitot, sont inadaptées à la pratique de la musique. Elles sont vétustes et, en comparaison avec des écoles similaires, le nombre de mètres carrés par étudiant y est le plus petit de Suisse. Nous voulons également continuer d’y former de brillants professionnels de la musique. Mais au-delà de ça, j’ai d’autres ambitions.

– Lesquelles?

– Si je devais les résumer en un seul mot? «Ouverture». L’ouverture à de nouveaux publics, tout d’abord. En effet, celui de la musique classique reste assez caractéristique, à savoir plutôt âgé, plutôt aisé et appartenant à des catégories socioprofessionnelles favorisées. L’objectif est donc d’étendre la portée de cet art en invitant, dans ces lieux, les non-mélomanes.

– Justement, comment la Cité de la musique compte-t-elle attirer ces publics novices?

– Le bâtiment, d’abord, sera un lieu ouvert. Et pas seulement les soirs de représentation, puisque les étudiants s’y agiteront sept jours sur sept! Il devra donner envie de s’y rendre puis d’y revenir. La population viendra également profiter du magnifique parc où elle pourra, pourquoi pas, suivre les concerts en plein air sur un écran géant. Le but étant de rendre le classique plus accessible, plus convivial. En plus du classique du meilleur cru, la Cité sera ouverte sur d’autres musiques, des musiques du monde, par exemple, ce qui contribuera aussi à attirer de nouveaux publics. Ils y vivront des moments d’émotions, une expérience unique.

– D’un point de vue pédagogique, quel sera l’apport de la Cité de la musique?

– L’ouverture se situe aussi à ce niveau-là: elle permettra le mélange entre jeunes et professionnels au sein du même bâtiment. Cette proximité favorisera le dialogue et une forme d’émulation entre eux. Quand on est musicien en herbe, on rêve de côtoyer les personnes que l’on considère comme ses modèles!

Ce lieu favorisera donc la rencontre mais aussi l’échange avec d’autres formes d’art. Entre les étudiants en musique et ceux en art visuel ou en média design, par exemple. Le projet pourrait même intéresser les étudiants de la Haute Ecole de travail social, pour des aspects d’étude sociodémographique des publics!
De plus, la HEM diversifie aujourd’hui ses cursus, avec des orientations en musique électro-acoustique et informatique ou un Master en ethnomusicologie, qu’elle vient d’ouvrir. Je pense que ce projet et ce nouveau bâtiment pourront accélérer ce processus.

Enfin, la Cité de la musique intégrera d’avantage les nouvelles technologies. Avec une médiathèque moderne notamment, qui permettra aux uns de dénicher des partitions et aux autres d’élaborer leurs recherches. Encore une fois, ces technologies ne bénéficieront pas seulement aux étudiants mais également aux visiteurs, qui pourront se servir de cette médiathèque pour expérimenter, cultiver leurs goûts, en développer d’autres… cela permettra de diversifier les vecteurs de transmission de la musique.

– La CMG permettra-t-elle d’accueillir un plus grand nombre d’étudiants?

– Nous formons aujourd’hui quelque 520 futurs musiciens professionnels, et il n’est pas question d’en faire plus, mais de le faire mieux. En outre, la HEM bénéficie déjà d’un rayonnement international et compte un grand nombre d’étudiants étrangers. La Cité de la musique ne vise donc pas à en attirer davantage. Plutôt, je souhaite qu’elle inspire des jeunes de la région à pratiquer la musique, voire à en faire leur métier. Pour cela, elle se doit aussi d’être ouverte aux conservatoires et aux tout petits qui voudront ensuite, lorsqu’ils seront plus grands, y exercer leur instrument préféré!

– A ce stade, qu’en disent les professeurs et les étudiants?

– Imaginez un projet comme celui-ci, avec un budget conséquent et réalisé en un temps record: ça fait briller les yeux de tout le monde! Nous avons organisé un séminaire avec des membres de l’OSR, des professeurs de la HEM et des représentants des étudiants pour faire émerger des idées. Il en est ressorti qu’un tel instrument, qui leur permettra de partager leur art avec le reste du monde, les emballe. Ils n’ont qu’une envie, c’est d’y être au plus vite!

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