Né à Sierre, licencié en droit de l’Université de Genève et docteur en anthropologie de l’Université de Londres, François Barras a jusqu’à sa retraite, prise il y a trois ans, mené une carrière de diplomate. De son poste de conseiller chargé des affaires culturelles à l’ambassade de Suisse à Washington, entre 1989 et 1994, il garde un fort tropisme artistique.

Président de l’Institut des cultures arabes et méditerranéennes (ICAM), à Genève, le Valaisan a conservé des liens très forts avec le Liban, où il fut ambassadeur durant les dernières années de son parcours professionnel. Un pays dans lequel il séjourne encore régulièrement, et dont il vante les scènes musicale et théâtrale: «Regardez ce que Wajdi Mouawad a amené au théâtre francophone à travers son parcours d’exilé. En Europe, on a parfois tendance à confondre culture et divertissement. Au Liban, la culture a une dimension particulière: elle permet de transcender le communautarisme, elle fait acte de résistance.»

A Crans-Montana, où il vit désormais lorsqu’il est en Suisse, François Barras a créé l’association Swiss Made Culture, qui s’est donné pour mission de promouvoir la créativité suisse. A raison de huit événements estivaux, et une dizaine durant l’hiver, l’ex-ambassadeur a à cœur de défendre l’idée d’un pays ouvert sur le monde, et stimulé par la richesse de ses différentes régions linguistiques.

Le Temps: Qu’est-ce qui a présidé à la création de l’association Swiss Made Culture?

François Barras: Dans tous les pays où j’ai été en poste, au Liban mais aussi aux Etats-Unis, au Mexique ou en Chine, j’ai toujours travaillé autour de la culture, qui pour un diplomate est le meilleur moyen de marquer son territoire. Au Liban, on a par exemple mis sur pied un magnifique programme culturel, inscrit dans des partenariats avec des Libanais. Lorsque j’ai quitté mon poste, on a listé dans un petit livre illustré les quelque 300 manifestations organisées durant les trois ans où j’ai été en poste. En montrant cela à des amis, après avoir pris ma retraite, ils m’ont dit que si on connaît bien les grands artistes internationaux, on ignore finalement beaucoup de choses de la scène culturelle des autres régions linguistiques.

De fil en aiguille, profitant de mon réseau, j’ai alors commencé à réfléchir à un concept avec l’aide de Juliane Cosandier, l’ancienne directrice de la Fondation de l’Hermitage, à Lausanne, et Janet Briner, qui travaille dans le domaine de l’art à Genève. On a développé un concept qui s’intitule «La Suisse en dialogue culturel avec le monde». Le but est de toucher tous les arts, mais avec toujours un lien avec la Suisse. Nos trois lignes directrices sont la Suisse comme carrefour des cultures européennes, la Suisse ancrée dans le XXIe siècle et la Suisse comme creuset de démocratie et de paix.

Quel est votre public? A la fois les habitants de la région et les vacanciers?

Il y a beaucoup de résidents à Crans-Montana, car en marge des Valaisans, il y a tout un groupe de gens, notamment des retraités, qui habitent ici à l’année. Et qui sont d’ailleurs nos soutiens principaux. Mais il y a en effet aussi les touristes, les visiteurs occasionnels. C’est pour cela que nous fonctionnons sur un rythme saisonnier avec des événements de novembre à Pâques, puis de fin juillet à la mi-septembre. Le but est de proposer des rencontres avec des gens qui ont vraiment quelque chose à dire, que cela soit pour un débat d’idées, une conférence ou, parfois, un spectacle ou une projection suivie d’une rencontre. A travers des invités venant également de Suisse alémanique, du Tessin et des Grisons, nous essayons de stimuler les échanges. Nous faisons presque toujours le plein, avec des salles où nous pouvons accueillir jusqu’à 250 personnes. Cet été, nous allons malheureusement devoir nous limiter à environ 100 places.

En cette année si particulière, où les milieux culturels souffrent des effets d’une crise sans précédent, votre rôle est plus important que jamais…

Oui, et on le sent bien. Deux des rencontres que nous proposons cet été parleront ainsi directement de la pandémie. Les gens ont besoin de cela, ils ont besoin de se rencontrer, mais en même temps, ils ont un peu peur de venir, surtout ceux qui sont ou se considèrent comme fragiles. Nous allons donc prendre les mesures nécessaires, avec notamment la distanciation et le port du masque obligatoire.


Swiss Made Culture – Eté 2020

25 juillet: «La pandémie, l’économie, le climat et nous: comment penser l’avenir», avec Bruno Giussani, directeur global TED.

30 juillet: Voyage avec Sophie de Quay & The Waveguards.

4 août: «Le musée en temps de crise: un outil au service de la communauté», avec Pascal Hufschmid, directeur du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Genève.

10 août: «La Suisse vue de Paris et Bruxelles», avec Richard Werly, correspondant du «Temps» à Paris.

18 août: L’instant lyrique de Chiara Skerath.

26 août: «Plateforme 10: le nouveau quartier des arts de Lausanne», avec Tatyana Franck, directrice du Musée de l’Elysée.

4 septembre: A la découverte du film «Passion Alaska», avec Jean-Philippe Rapp et Mathieu Wenger, coréalisateurs.

11 septembre: Rencontre autour de l’exposition «Résonances», avec Georges Petitjean, conservateur de la Fondation Opale, Lens.


Infos et détails sur www.swissmadeculture.ch