Il était tellement vivant, facétieux, toujours prêt à débattre et à échanger, que sa mort est impossible à réaliser. D’ailleurs, son ami Frédéric Polier, qui l’a dirigé plus de 12 fois au théâtre, a décidé qu’il continuerait à parler de lui au présent. On le comprend. Personne n’a envie d’enterrer François Florey, lutin inventif et farceur, présence chaleureuse et rassembleuse des scènes romandes.

Pourtant, il le faut, car, dans la nuit de mardi à mercredi, le comédien s’est brutalement éteint des suites d’un infarctus d’abord maîtrisé, jeudi dernier. Il avait 53 ans, deux adolescents attachants et près de septante spectacles gravés dans son (grand) cœur. Les témoignages éplorés ont plu sur les réseaux sociaux, mais, en raison du coronavirus, la cérémonie en sa mémoire attendra la fin de l’épidémie.

Hitler maladroit

Un singe indocile, pour Les Deux Gredins, créé par Roberto Salomon au Théâtre Am Stram Gram, il y a vingt ans. Un lapin pressé ou un chat langoureux dans le récent A Merveille, de Nalini Menamkat, à l’affiche du Galpon. Et, entre les deux, un Puck bondissant dans Le Songe d’une nuit d’été, au Théâtre de l’Orangerie, un prolétaire éprouvé dans Le Maître et Marguerite ou encore un Hitler joliment maladroit, dans Mein Kampf, de George Tabori, créés au Théâtre du Loup par Frédéric Polier.

A ces rôles – comme à tous ceux joués chez Anne Bisang, Eric Salama, Julien Schmutz, Matthias Urban ou Julien George –, François Florey a insufflé son inventivité malicieuse, sa science de l’accessoire parfait et son immense générosité. «Il était présent à 100%, très soucieux du travail, mais aussi de l’esprit d’équipe, témoigne Nalini Menamkat. Et sans ego. Malgré son grand métier, il n’hésitait pas à suivre les nouvelles pistes que je lui proposais.» Lesquelles? «Sa voix, par exemple. François pouvait facilement la placer dans le nez. Dans A Merveille, j’ai souhaité qu’il la fasse plus résonner dans les graves. Il a exploré cette option avec un enthousiasme qui dit tout de sa souplesse.»

Réconciliateur au grand cœur

Souple, le comédien, formé au Conservatoire de Genève puis à Paris, l’était aussi dans ses relations. «Je ne compte pas le nombre de fois où il a réconcilié des gens fâchés, où il a réconforté des acteurs dépassés», note Frédéric Polier. «Et tout le monde adorait ses fameuses raclettes», sourit Nalini. Une énergie partageuse qui décoiffait sur scène. «Il y a un humour Florey, un humour de biais», abonde Frédéric Polier qui avoue «faire souvent son Florey».

Le metteur en scène pleure les rires sur le plateau et les virées avec son ami dans la Drôme, en Valais. Les spectateurs, encore abasourdis, pleurent un feu follet. Une flamme à la fois chaleureuse, rigolote et subtile, dont on va, tous et précieusement, entretenir le souvenir.