François Nourissier. La Maison Mélancolie. Gallimard, 250 p.

Sous la plume aiguë, souvent amère et parfois sarcastique de François Nourissier, les maisons sont les lieux du monde «où prospèrent le plus somptueusement les nourritures et les poisons de l'amour». Ce sont de «formidables machines à souffrir» et des terrains d'exploration de soi, si l'on en croit celui qui en a visité des centaines, a flairé les secrets de celles qu'on lui a prêtées et en a possédé quelques-unes, pour un temps plus ou moins long: quelques mois pour le presbytère de Faverolles racheté par Julien Green, plus de vingt ans pour la maison de Ménerbes aux quelque 6000 volumes, dont leur propriétaire se débarrassa grâce à une benne et à la complicité chapardeuse des habitants du village. Après Prince des berlingots (Gallimard, 2003), ce nouveau livre qui mêle fiction et autobiographe n'est guère plus souriant. Car si l'on fait peut-être mieux son deuil d'une maison que d'une personne, parce qu'on peut choisir le moment de la quitter, reste qu'il est douloureux de renoncer à un amour que l'on pressent ultime, avant ce qu'on appelle la dernière demeure. Les maisons? Une histoire d'amour, mais aussi de mort.