Un grand souffle, un air de folie, pourquoi pas? Voilà ce qu'on espérait du Théâtre de Carouge qui fêtera en janvier 2008 son cinquantième anniversaire. Voilà ce que ne propose pas François Rochaix, qui a levé mardi le rideau sur sa dernière saison à la tête de la grande maison romande. Alors, oui, le metteur en scène aspire à célébrer dignement le demi-siècle d'existence du théâtre fondé en 1958 par François Simon et Philippe Mentha. Il l'a souvent affirmé. Mais dans les faits, l'affiche, qui compte sept spectacles, paraît peu festive, bien moins séduisante que celle de la saison qui s'achève.

Pourquoi cette impression? L'absence d'abord, en cette année de jubilé, de créateurs de la nouvelle génération. Depuis sa prise de fonction en 2002, François Rochaix s'était toujours employé à faire une petite place à la relève: Denis Maillefer, Patrick Mohr, Lorenzo Malaguerra, Jean Liermier se sont ainsi distingués. Là, il a préféré privilégier les anciens, l'ex-patron de la TSR Guillaume Chenevière notamment, qui promet un spectacle amoureux autour de la figure de Shakespeare (Le Mystère Shakespeare). C'est très bien. Mais pourquoi n'avoir pas ouvert le cercle de la fête à un jeune artiste suisse ou européen, qui aurait incarné l'avenir, porté haut le flambeau des fondateurs, symbolisé le renouveau de la maison?

Cette sensation de vase clos tient aussi à la décision, discutable sur le principe, de François Rochaix de se programmer trois fois en une année: Etat de piège de la journaliste et dramaturge Dominique Caillat en novembre, Molière ou la cabale des dévots de Boulgakov en janvier et, en mai, Une étrange soirée, réflexion sur le théâtre d'après un texte de François Rochaix, qui signe le spectacle et qui tient, sous les projecteurs, le rôle du metteur en scène aux côtés d'Emmanuelle Ricci et d'Armen Godel, entre autres. Quel que soit le métier du directeur, cela fait beaucoup en une saison censée montrer la diversité des pratiques et des esthétiques nées à Carouge.

Le patron s'en est-il rendu compte? Mardi, il a rappelé que sa subvention, 3,7 millions (5,5 pour la Comédie de Genève), était inférieure aux 4,5 millions qu'il a toujours estimés nécessaires au fonctionnement d'une maison comme Carouge. «Avec des moyens supplémentaires, nous aurions engagé davantage d'acteurs et de metteurs en scène.» Peut-être.

Si la fête n'est pas sur le papier celle qu'on était en droit de rêver, l'affiche propose deux ou trois morceaux de choix. Géant du théâtre allemand, Manfred Karge montera Vie de Galilée de Bertolt Brecht, avec une dizaine d'acteurs romands, dont Laurent Sandoz dans le rôle-titre. Yvette Théraulaz, elle, reviendra en musique sur son engagement féministe dans Histoires d'elles guidée par Jean-Paul Wenzel. Quant à Michel Kullmann, il revisitera Le Misanthrope de Molière, auquel il adjoindra La Conversion d'Alceste de Courteline. Hors abonnement, le chorégraphe Gilles Jobin bouleversera corps et espace à travers trois pièces, dont Text to speech, sa nouvelle création agendée en mai.

Et la nuit des bougies? Elle est fixée au 30 janvier 2008, soit cinquante ans jour pour jour après la première de La Nuit des rois de Shakespeare, spectacle fondateur du théâtre. A cette occasion, Joël Aguet invitera à découvrir un livre qui promet, retraçant un demi-siècle de création carougeoise: une scène hantée par François Simon, Roger Blin, Philippe Mentha, Georges Wod et Maurice Aufair. Des archives rares seront aussi exposées au Musée du Vieux-Carouge. La fête, donc, mais en noir et blanc.

Rens. 022/343 43 43; http://www.theatredecarouge-geneve.ch