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Les bustes du céramiste suisse François Ruegg, au Musée Ariana, sont voilés, interrogeant les visiteurs sur la notion d'être et de paraître.
© © Musée Ariana

Exposition

François Ruegg, la porcelaine entre être et paraître

Le céramiste présente à l’Ariana de Genève un travail fascinant réalisé en Chine, invitant même les visiteurs à expérimenter eux-mêmes le prestige du socle

Les «statues» récentes installées par François Ruegg au Musée Ariana nous parlent certes du «statut» de l’œuvre d’art, mais aussi du domaine des apparences et de la réalité, indissociables de l'objet artistique. Dans cette perspective, le céramiste combine deux procédés.

D’une part il voile ses modèles, ce qui revient à dire qu’il les révèle tout en les cachant; de l’autre, il les pose sur un socle à ce point pensé, travaillé et surdimensionné qu’il contribue, au-delà de la mise en valeur, à infléchir la perception de l’objet et de l’œuvre dont celui-ci est le sujet. Le résultat est saisissant, du fait de la qualité, de la réalisation et de l’efficacité des effets de formes et de couleurs, et de matière.

«Artiste du monde», le créateur n’a pas hésité à aller se confronter aux artisans de la porcelaine à Jingdezhen en Chine. Matériau défini par Anne-Claire Schumacher, conservatrice au Musée Ariana, comme «le plus exigeant – mais aussi le plus noble – de la palette céramique», la porcelaine permet de restituer la finesse du voile et le brillant des surfaces, le brillant étant l’une des composantes du «paraître» opposé à l’être.

Se sentir œuvre d'art

Pour mieux insister sur le rôle du socle, François Ruegg en place un, en porcelaine émaillée, au bout de son exposition: chacun est invité à y monter, et à ressentir ainsi, concrètement, le passage qu’il permet vers la valorisation de l’objet et en l’occurrence de soi-même. Des photographies de visiteurs qui ont tenté l’expérience, gênés et amusés, illustrent cette mise en scène, et le narcissisme dont la mode des selfies est un exemple manifeste.

Loin de juger et de moraliser, le plasticien, s’il critique par ce biais notre société d’artifice, de séduction et de consommation (parmi les objets emballés figurent des fruits, des souliers à hauts talons mais aussi le contenu de poubelles), donne dans un humour plutôt bon enfant. L’exploit technique que représentent les pièces, si parfaites et épurées, donne même à admirer, aussi, ces stratégies d’évitement et d’exhibition à l’œuvre dans notre culture.

Les bustes à l’allure si vivante, du simple fait de leur forme générale, des traits et des mouvements potentiels que l’on imagine en-dessous, ressuscitent le pouvoir d’imagination, parfois mis à mal justement dans ce monde du paraître qui est le nôtre.

Réflexion sur le pouvoir et recentrement sur soi-même

Signé Suzanne Rivier, le catalogue qui accompagne l’exposition, et qui retrace également trente ans de carrière caractérisés par la diversité, la cohérence ainsi qu'une attention constante aux détails, livre enfin les étapes de la fabrication de ces pièces si particulières, où le dedans n’est signifié que par l’aspect général. La production passe ainsi par la modélisation sur ordinateur et le prototype, avant le moulage et l’émaillage.

Quant aux thèmes, liés à la culture chinoise dans laquelle a baigné l’artiste au fil de ce travail, ils comprennent une réflexion sur le pouvoir (des Twin Towers figurées par des vases Ming, proprement emballés), ainsi que l’exigence confucéenne d’un recentrement sur soi-même – recentrement menacé par le tumulte du monde ambiant.


François Ruegg: Statuts/Statues, Musée Ariana, Genève, jusqu’au 4 mars.

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