Créer au son des circonvolutions d’un trio jazz, comme pour se laisser guider par la musique, sans véritablement savoir ce qui va jaillir. C’est ce qu’a fait lors d’une résidence le peintre et sculpteur François Staub, à l’invitation du Château de La Sarraz, qui souhaitait exposer des grands formats. «J’en avais des containers pleins vu que cela fait un moment que je peins, mais ma femme m’a déconseillé d’exposer de vieilles toiles», rigole le Vaudois. Il a ainsi fait appel à trois musiciens qui n’avaient jamais travaillé ensemble – le batteur Jean Rochat, le clarinettiste Damien Converset et le claviériste Christoph Koenig – pour deux jours d’échanges et de vibrations. Afin de voir ce qui allait se passer. C’était en août, pour une exposition qui a ouvert le 9 septembre.

«Semoule créative»

Tandis que le trio est arrivé avec une base de huit thèmes qui lui permettait ensuite de se laisser guider par l’instant, François Staub a amené des châssis d’un mètre de haut, mais aussi des petits formats, qu’il avait simplement préparés en leur appliquant une matière de fond blanche. «Je voulais rentrer dans une dimension artistique différente, tenter de créer une véritable synergie, pas simplement travailler en rythme. L’idée était de laisser de l’espace afin qu’on puisse accéder à autre chose, être plus dans l’émotionnel, l’instinctif, le vibratoire», confie l’artiste, qui évoque un état qui est peut-être parfois celui des comédiens de théâtre, et parle aussi non sans humour d’une sorte de «semoule créative».

Au final, l’artiste a achevé 17 grands formats et 14 petits. Sa série s’intitule Bleu de rouille… car on y voit une dominante de bleu et de rouille. Il a travaillé avec un pigment bleu d’une belle profondeur, dont les intensités ont la même dimension hypnotique que le fameux bleu Klein. Quant à cette couleur rouille plus chaude, et offrant de beaux contrastes, elle est issue d’une pâte de métal grise et oxydée à l’acide. Le résultat est assez stupéfiant: on croit parfois voir un lac et des montagnes, il y a une dimension organique, comme si les éléments et les formes s’entremêlaient dans une sorte de chaos organisé. «J’essaie toujours de faire confiance au premier jet», confie François Staub, qui avec le temps a remarqué que s’il retravaillait a posteriori ses toiles, elles étaient souvent finalement moins bonnes.


«Bleu de rouille – Peintures de François Staub», au Château de La Sarraz, jusqu’au 1er octobre. Du ma au di de 10h à 17h. Retrouvez tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».