«Les Singulières, un festival qui a la beauté d’un impromptu»

Questions à

Quand vient le printemps, il faut fêter. Quoi? Le plaisir des baisers volés, le théâtre qui s’enflamme, le large qui clapote. Cette fête, c’est celle que Françoise Courvoisier offre au public dès ce mardi. L’artiste et metteur en scène achève sa douzième saison à la tête du Théâtre de Poche à Genève. Dans deux mois, elle passera le flambeau à l’auteur Mathieu Bertholet. Avant l’extinction des feux, elle a conçu un festival, Les Singulières, soit une dizaine de pièces, musicales, mutines, comiques ou flibustières, à fredonner dans son fauteuil jusqu’au 9 mai. A l’affiche, un parfum différent chaque jour. Complément Dutronc lance les festivités, avec Castou, Christine Vouilloz, Bastien Semenzato, entre autres. Barbara, l’âge tendre suit, mercredi et jeudi. «La jeune Aude Chollet n’interprète pas Barbara, elle la ressuscite», s’enthousiasme la maîtresse de maison.

Le Temps: D’où vient l’idée du festival?

Françoise Courvoisier: J’avais envie d’un clin d’œil aux artistes qui m’ont accompagnée pendant douze ans. En janvier, j’ai envisagé un spectacle supplémentaire. Mais c’était très cher. A la place, j’ai imaginé un festival qui aurait la beauté d’un impromptu, léger et printanier. J’ai appelé des acteurs que j’aime, je leur ai proposé textes et auteurs; ils étaient partants. Après, tout s’est fait très vite.

– Est-ce à dire que ces spectacles s’apparenteront à des premiers jets?

– Oui et non. Prenons Mathilde, cette Phèdre moderne imaginée par la Française Véronique Olmi – à l’affiche samedi 18 avril. Elle raconte l’histoire d’une femme qui sort de prison pour détournement de mineur. Elle retrouve son mari, un médecin. S’ensuit un affrontement très violent. Je dis ce texte avec Christian Gregori. Au départ, nous pensions interpréter l’œuvre avec la brochure dans les mains. Finalement, nous la jouerons vraiment, mais avec une souffleuse à vue.

– Et «La Septième Vallée», ce texte que le Genevois Jacques Probst écrit en 1978 pour l’inauguration du Théâtre Kléber-Méleau à Renens? Vous le présentez les 7 et 8 mai avec une distribution à faire pâlir d’envie vos collègues.

– Vous découvrirez en effet une forêt de grands acteurs, dont Anne Vouilloz, son frère Roland, mais aussi Juliana Samarine, Julia Batinova, José Lillo, Raoul Teuscher, etc. Ils diront les répliques, sans les connaître forcément par cœur. Quant aux descriptions qui sont en elles-mêmes des poèmes, c’est Jacques Probst lui-même qui les lira.

– Jacques Dutronc en ouverture, c’est un étendard?

– Dans toutes les pièces à l’affiche, il y a une envie de sortir du cadre. Dutronc, c’est le symbole de ce que nous avons essayé de faire pendant toutes ces années. Il est dandy, il n’est jamais violent mais toujours piquant. Ce que j’ai souhaité au fond à travers ce festival, c’est donner envie d’aller au théâtre, surtout à ceux qui n’y vont jamais.

Les Singulières, Théâtre Le Poche, Genève, du 14 avril au 9 mai; loc. 022 310 19 57 et www.lepoche.ch