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Françoise Héritier.
© MYCHELE DANIAU

hommage

Françoise Héritier, le bel héritage

ÉDITORIAL. Françoise Héritier, qui vient de s’éteindre, avait salué la prise de parole suscitée par l’affaire Weinstein

Lorsque j’ai, pour la première fois, ouvert un livre de l’anthropologue française Françoise Héritier, qui vient de s’éteindre, j’ai été un peu déçue. J’y ai lu que la domination de l’homme sur la femme s’était exercée de tout temps et partout. En fille de la fin du XXe siècle, j’avais espéré que l’humanité, à un moment de son histoire ou dans une tribu oubliée, était parvenue à changer la donne, à déconstruire cette domination, à jouir d’une égalité heureuse. Mais l’anthropologue refusait de me bercer d’illusions, même si elle soulignait que la domination masculine découlait de l’organisation des sociétés et peu de la biologie.

Lire aussi: Après l’affaire Weinstein, «plus rien ne sera comme avant»

L’affaire Weinstein a semblé confirmer le dur constat de l’anthropologue. La quantité effarante de témoignages apparus ces dernières semaines a montré, en effet, que pour certains hommes, ivres de leur pouvoir, la prédation sexuelle allait toujours de soi.

Mais l’héritage de Françoise Héritier ne se limite pas à lire le monde à partir du clivage entre hommes et femmes. En chercheuse et observatrice de son temps, elle n’excluait pas que la situation évolue.

Pour l’anthropologue, la première révolution est venue de la contraception, de la possibilité donnée aux femmes de choisir si, quand et comment mettre des enfants au monde. Un changement sans précédent qui a ouvert une voie vers davantage d’égalité.

Lire également: Françoise Héritier, au nom de la femme

Malgré l’effarement qu’elle suscite par son ampleur, la prise de parole qui a succédé aux révélations de la presse américaine sur le nabab hollywoodien permettra peut-être aux relations entre hommes et femmes de franchir un nouveau cap.

Car, pour la première fois, celles qui subissent le pouvoir de certains hommes savent qu’elles ne sont plus seules; qu’elles ne sont plus assignées à la honte, au silence, à la résignation. La parole est ample, elle est collective souvent, et elle sort des cadres – organisations féministes, associations de soutien ou de défense – où elle s’exprimait habituellement. Ce n’est plus seulement un combat féministe, mais une bataille que mène l’humanité, hommes et femmes, pour aller plus loin.

Lire aussi notre chronologie: L'affaire Weinstein et ses suites en 16 dates

Françoise Héritier, dans une belle interview qu’elle venait d’accorder au Monde, s’est réjouie de ce mouvement. Mais elle prévenait qu’il ne fallait pas s’arrêter en cours de route. Que la tâche restait rude, qu’il fallait réinventer les rapports entre les sexes, et que tous au sein de la société devaient se débarrasser de «l’idée d’un désir masculin irrépressible» auquel se soumettre. «Le chantier est énorme», disait-elle.

L’anthropologue était prudente, mais aussi optimiste, elle qui prônait dans ses derniers livres l’art de la joie et de l’amour. Entre hommes et femmes, «les choses vont changer parce que les conditions de pensée ont changé», disait-elle. Or, dans une partie du monde occidental du moins, la révolte que suscite l’affaire Weinstein transforme notre façon de penser.

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