Art public

Frankenstein est de retour sur la plaine de Plainpalais

La créature monstrueuse du roman de Mary Shelley a désormais sa statue à Genève

Frankenstein, le retour

Art La créature monstrueuse du roman de Mary Shelley a désormais sa statue à Genève

Appelez le Frankie, simplement, cet être mal foutu, haut de huit pieds, comme on disait quand Mary Shelley l’imagina, une nuit d’orage de 1816, et qui depuis samedi dernier est de retour sur un des lieux de ses aventures romanesques, la plaine de Plainpalais, à Genève. Frankie a.k.a the Creature of Doctor Frankenstein. C’est le nom qu’ont donné les Klat, un collectif genevois (Jérôme Massard, Florian Saini, Konstantin Sgouridis), à ce bronze dévoilé avec de spectaculaires effets électriques lors de la Nuit des musées. Pour répondre à une commande du Fonds municipal d’art contemporain, les artistes se sont fait une idée du monstre forgé par Victor Frankenstein. Ils s’inscrivent dans une tradition statuaire classique, en la détournant magnifiquement.

Autrefois, on aurait invité une fanfare pour lever le voile sur un délicat buste de la romancière Mary Shelley. On se serait peut-être flatté d’honorer une femme, si rare parmi ces augustes professeurs, ces dignes politiciens qui ponctuent nos parcs et promenades. Mais là, avec des éclairs électriques et la guitare de Dylan Carlson, du légendaire groupe de rock expérimental Earth, c’est un monstre qui était à l’honneur samedi soir. Un personnage triplement fictionnel, puisqu’il a été façonné par un savant fou imaginé par une jeune auteure de 19 ans, et que, après moult autres cinéastes, bédéastes et autres, les Klat lui offrent un corps. Un lourd corps de bronze certes, mais un corps en marche, loin des postures posées traditionnelles. Et Frankie est habillé comme un rocker ou un hobo de notre époque, veste de cuir élimée sur un torse nu permettant de caresser les terribles coutures de sa fabrique à partir de restes humains. Ce week-end, tous les enfants voulaient être photographiés avec lui. Gageons qu’il deviendra vite un must sur les réseaux interplanétaires, une carte postale de Genève qui complétera très bien les Réformateurs et Rousseau.

«L’année sans été»

Après quelques décennies où le figuratif a été rare dans l’espace public, le revoilà donc d’une belle façon, grâce à une histoire née lors de «l’année sans été». Les cendres d’un volcan indonésien avaient obscurci le ciel et causé de tels dommages climatiques qu’un peu partout sur la planète les récoltes en pâtirent et qu’il y eut des famines. Bien sûr, Mary Shelley n’a pas écrit son roman en une nuit, mais c’est bien ce 16 juin 1816, quand Lord Byron proposa à un groupe de voisins de la villa Diodati, à Cologny, d’imaginer une histoire de fantômes, qu’elle l’esquissa. Et pour ceux qui souhaitent en savoir un peu plus sur les circonstances historiques de Frankenstein, les Klat ont conçu une exposition sous forme de cadavre exquis qui les conduira dans huit institutions, de la Bibliothèque de Genève au Muséum d’histoire naturelle en passant par la Fondation Martin Bodmer (jusqu’au 1er juin, www.nuitdesmusees-geneve.ch).

Publicité