Se sachant condamnée à court terme, une fameuse actrice française, Françoise Crémond dite Frankie (Isabelle Huppert, fraîche comme une rose et tout à fait juvénile), rassemble Michel (Pascal Greggory), son premier mari, Jimmy (Brendan Gleeson), son mari actuel, son fils Paul (Jérémie Rénier), sa belle-fille Sylvia et sa grande amie, la coiffeuse Ilene. Entre la piscine bleu azulejo et les chênes-lièges, la famille recomposée se décompose en douceur sous le soleil du Portugal.

Les deux derniers films d’Ira Sachs, Brooklyn Village et surtout le trop méconnu Love is strange, montrent comment la réalité de l’argent peut détruire ceux qui s’aiment. Dans Frankie, l’argent n’est pas un problème: les personnages en sont cousus. Ce qui leur laisse tout loisir de s’adonner à des déambulations d’autant plus oiseuses qu’elles sont en lien avec le monde du cinéma, ressort ô combien paresseux.

Au gré de quelques rebondissements psychologiques mineurs (Ilene va-t-elle accepter la bague de fiançailles? Paul va-t-il s’établir à New York? La jeune Maya rentrera-t-elle à l’heure de la plage?), vagues promenades et plans touristiques de toute beauté pour des vacances de rêve à Sintra, la tribu de Frankie, de vains bavardages en activités futiles, affiche sa superficialité inoxydable. A la fin, ils se retrouvent tous au sommet d’une falaise pour regarder le soleil se coucher. Après ce frisson d’absolu, ils rentrent chez eux, sans doute pour boire une tasse de thé ou un verre de vin blanc, et l’on se demande si cet ersatz incolore de Woody Allen est à sa place en Compétition.