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Franklin Chow a investi les espaces abrités du cloître de la Chartreuse de la Lance.
© Patrice Schreyer

Exposition

Franklin Chow et Jean-Jacques Fiorina, l’art sorti des malles

A Concise, la chartreuse du domaine de La Lance connaît une nouvelle vie et accueille des œuvres dédiées au thème du départ

Othon de Grandson, qui le fit construire en 1317, y serait toujours présent à travers une partie de son ossuaire, dont d’autres éléments sont conservés à la cathédrale de Lausanne: le cloître de la chartreuse dans le domaine de La Lance, à Concise, est l’un des trois monuments gothiques de ce type conservés en Suisse romande. Et il fête cette année ses 700 ans. Depuis l’an dernier, où un millier de visiteurs les ont fréquentées, quatre expositions annuelles participent de l’atmosphère recueillie du lieu, dont le cœur reste comme il se doit à ciel ouvert. En ce mois de mai, une installation en céramique signée Jean-Jacques Fiorina, et résistante aux humeurs du temps, occupe la cour intérieure, tandis que la partie couverte accueille des objets et des peintures de Franklin Chow.

Œuvres voyageuses

Après les thématiques de l’ange, ou de l’ombre et de la lumière, et avant le silence (dès le 1er juin), l’exposition actuelle traite du départ et des migrations. Les hirondelles qui, férues des crochets fixés à la vieille pierre, s’attardent sous les voûtes et obligent les artistes à éviter de placer leurs pièces en dessous, au risque de les voir salies, semblent elles aussi nous parler de cette force qui les motive à l’exil et les ramène chaque printemps. Ayant lui-même expérimenté l’arrachement à un lieu familier, lorsque sa famille a quitté la Chine pour gagner Hongkong, Franklin Chow salue également l’activité de son fils auprès de la Croix-Rouge, activité qui le fait déménager continuellement: outre des toiles abstraites, où l’encre de Chine crée des effets un peu comparables à l’émail sur les céramiques de Jean-Jacques Fiorina, le Romand d’adoption met en place des statuettes africaines offertes par son fils, et des caisses ayant servi à protéger des œuvres d’art.

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Car les œuvres aussi voyagent, migrent, émigrent, immigrent. Voici ces sculptures primitives installées dans un très ancien cloître chrétien où, bandées et emballées dans des manières de suaires, elles témoignent de la force de résilience de l’être humain, via ses créations, et de l’art lui-même. Un beau travail, qui détonne et tout à la fois s’inscrit en bonne harmonie dans cet espace qui, voici des siècles, a vu cinq ou six moines vaquer à leurs occupations quotidiennes, à leurs chants et à leurs prières. Après qu’ils eurent été chassés par la Réforme, en 1538, la chartreuse a été récupérée par les baillis bernois, avant d’être vendue à une famille neuchâteloise à la fin du XVIIIe siècle. Laquelle en a fait une maison de villégiature, meublée et très animée suivant les saisons, quittée à la veille de l’hiver.

Ce «petit joyau non visitable», puisque à nouveau en mains privées, a retrouvé une petite vie publique grâce à ces expositions conçues par l’architecte d’intérieur Jorge Canete et la commissaire Nathalie Hecker et soutenues cette année par la Fondation Sandoz. Le 29 octobre, une illumination due à Kalalumen et constituée de 700 bougies allumées marquera l’anniversaire de ce monument non seulement magnifiquement conservé, mais qui n’a de cesse de vivre, tout simplement.


«The Crossing», Franklin Chow avec Jean-Jacques Fiorina. Cloître de la chartreuse du domaine de La Lance, Concise, jusqu’au 26 mai. Visites sur rendez-vous du lundi au vendredi de 8h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h30.

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