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Franklin Chow, «Sans Titre» (détail), 2015-2017, encre, glacis et huile sur toile, 30 x 120 cm.
© Franklin Chow / Galerie Alice Pauli

Exposition

Franklin Chow, mémoires du gris

Réconciliant l’huile et l’encre, le peintre obtient des surfaces mouchetées dans des toiles récentes exposées à Lausanne

Sur le cadre, la toile est si bien tendue qu’elle ressemble à un miroir. Un miroir qui refléterait le gris, mais un gris bleuté, qui porterait comme la Voie lactée, ou les traces d’un égouttement sans fin. On pense au gris de la pierre, où les aspérités et autres motifs dessinés par l’usure se seraient résorbés: la surface de nouveau lisse conserverait toutefois, à fleur de peau, les formes apparues au fil du temps.

Toutes réalisées en cette année 2017, les peintures de Franklin Chow exposées à Lausanne, où la variété est à chercher dans la diversité des formats et surtout de ces motifs en pattes de mouche qui investissent l’espace, offrent autant de supports de contemplation, alliée à la méditation.

Lire aussi: Franklin Chow et Jean-Jacques Fiorina, l’art sorti des malles

Conciliation de l'irréconciliable 

Certes, l’artiste, issu d’une vieille famille d’artistes et d’amateurs chinois, parvient à accorder intimement les écoles picturales de l’Orient et de l’Occident, ainsi que la tradition et les tendances contemporaines.

L’essentiel, néanmoins, se loge dans la qualité de cette abstraction, très sobre (le chromatisme se réduit à la gamme des gris, on l’a vu, mais aussi au noir dans une série d’objets plus anciens) et infiniment riche pour qui laisse son regard et son esprit se promener au sein de ces motifs, qui peuvent évoquer les écritures blanches de Mark Tobey ou l’œuvre de Dubuffet, où le hasard a sa part.

Le hasard, ici invité et contrôlé, tient dans la façon dont les deux médiums choisis par le peintre, l’encre de Chine et la couleur à l’huile, a priori irréconciliables, réagissent l’un à l’autre et finissent par s’associer.

Aspiration à la beauté

Né en 1946 à Shanghai, formé à Hongkong puis à Londres dans le domaine du cinéma et à Paris pour la peinture, Franklin Chow parvient à créer un style original, qui refuse le lyrisme de Zao Wou-ki aussi bien que les expansions de l’expressionnisme abstrait, et au contraire met le sujet – le peintre – en retrait, pour mieux sans doute toucher cette strate qui réside en chacun de nous: une aspiration à la beauté et à la paix, mais aussi à la vérité nue.

Ainsi, les installations à partir de livres en braille, confits dans la matière noire, rendus illisibles même pour les aveugles auxquels ils étaient destinés, invitent-elles à plonger plus profondément encore à l’intérieur de soi-même, où ne pénètrent pas les images du monde, mais où règne le sens.


Franklin Chow. Peintures, œuvres sur papier et livres. Galerie Alice Pauli, Lausanne, jusqu’au 14 octobre.

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