Roman

Franz-Olivier Giesbert et sa cuisinière de western

Au galop à travers le XXe siècle, le dernier roman de FOG met en scène une femme de fer et de chair qui rend coup pour coup. Le livre se lit agréablement grâce à au sens de la formule de son auteur qui se montre assez bavard et donne à son héroïne des airs de cow-boy

Genre: Roman
Qui ? Franz-Olivier Giesbert
Titre: La Cuisinière d’Himmler
Chez qui ? Gallimard, 369 p.

Côté cour, il y a le Giesbert patron de presse, éditorialiste, journaliste et homme de télévision. Côté jardin, il y a le Giesbert auteur d’une œuvre abondante faite de biographies d’hommes politiques (notamment Mitterrand et Chirac) et le romancier. Un appétit d’ogre assouvi grâce à un esprit brillant et une énergie hors du commun.

Dans La Cuisinière d’Himmler, son dernier roman, Franz-Olivier Giesbert ne commet d’aucune manière un court roman d’homme pressé, mais au contraire un roman au long cours qui propose une traversée du XXe siècle à travers le récit d’une narratrice inoxydable n’accusant pas moins de 105 printemps.

Franz-Olivier Giesbert investit Rose, gamine en Arménie, ancêtre à Marseille, cuisinière douée et créative, dont les tribulations, à la limite de la vraisemblance, vont du génocide arménien de 1914 (elle a 7 ans) au Marseille de 2012 où elle souffle ses 105 bougies.

Son chemin épouse celui de quelques catastrophes de ce siècle, de la France occupée à l’Allemagne nazie, de l’Union soviétique de Staline (encore qu’elle n’y mette pas les pieds) à la Chine de Mao. Elle y côtoie de très près des acteurs maudits, notamment le Reichsführer-SS Heinrich Himm­ler, grand ordonnateur de la Solution finale, qui tombe amoureux d’elle autant que de sa cuisine (elle tient un restaurant à Paris pendant l’Occupation).

Rose survit à tout mais perd tous les êtres qui lui sont chers, ses parents assassinés par les Turcs, Mme et M. Lempereur, ses parents adoptifs, son premier mari Gabriel et leur fils emmenés vers les camps de la mort, etc. Franz-Olivier Giesbert veut camper un personnage traversant l’Enfer de l’Histoire sans pourtant quitter le Paradis de la vie.

Toute pétrie d’humanisme soit-elle, Rose croit dur comme fer à la loi du Talion et aux vertus de la vengeance sur la santé physique et psychique. Pour cette fine cuisinière, la vengeance est un plat qui se mange cru. Elle tient une «liste de ses haines» sur laquelle figurent des gens qu’elle va tuer d’une main ferme et sans le moindre remords, autant de lâches et d’assassins que le lecteur voit expirer avec une certaine satisfaction… Elle tue, certes, mais elle aime surtout, à la mesure de sa vitalité.

La centenaire de Franz-Olivier Giesbert, certes drôle et fantasque autant que pleine de bon sens, manque pourtant de puissance. C’est qu’elle tient plus de prétexte à parcourir le XXe siècle et ses horreurs que de personnage de roman.

Rose parle trop comme Franz-Olivier Giesbert. Sa vie sexuelle complaisamment étalée, à la limite de l’indécence quand Rose prodigue des fellations à Himmler, sent un peu trop la testostérone. On y croit plutôt un peu que beaucoup. Cette femme de chair et de fer a d’autre part quelque chose d’un cow-boy rendant coup pour coup, voire d’un héros de bande dessinée.

Ses commentaires sur les horreurs du siècle comme ses jugements sur quelques grandes figures politiques et intellectuelles sentent à plein nez ceux de Giesbert lui-même. Sartre en prend par exemple pour son grade, comme Althusser, mais c’est d’assez bon ton aujourd’hui. Franz-Olivier Giesbert dénonce de la même manière, à travers son personnage, les avanies du XXe siècle et dresse le «palmarès de l’épouvante», Hitler, Staline et Mao en tête avec des dizaines de millions de morts à leur actif. Il montre du doigt «leurs thuriféraires intellectuels ou politiciens». Il n’y a guère que sur la France de l’Occupation qu’il fait mieux qu’enfoncer des portes ouvertes.

Le roman se lit agréablement grâce à la fougue et au sens de la formule de l’auteur, par ailleurs habile à tisser son récit au grand galop à travers les décennies. Il y a autant de brio que de lourdeurs. Les personnages réels de cette fiction y mettent du sel et du vertige quand on les croise de près, comme Himmler et son masseur, Felix Kersten, qui a usé de son pouvoir sur son malade pour obtenir la libération de milliers de Juifs. La relation ambiguë de Rose avec l’un des plus grands criminels nazis, dont une face «douce» apparaît dans le roman, aurait pu à elle seule occuper Giesbert. Mais il voulait faire le tour du siècle en 105 ans…

,

Franz-Olivier Giesbert

A propos de «La Cuisinière d’Himmler»

sur le site de son éditeur

«Evidemment, sa façon expéditive de régler ses comptes peut choquer, tout comme son éloge de la vengeance. […] Elle ne fait que respecter les commandements de la Bible, «œil pour œil, dent pour dent»
Publicité