Après 99 Francs et Au secours pardon, Frédéric Beigbeder place son alter ego littéraire, Octave Parango, face à la tyrannie du rire et aux problèmes d’une société qui, d’après lui, s’effondre à grande vitesse. Le protagoniste travaille désormais pour la matinale de la radio France Publique. «Humoriste le plus écouté de France», il tient chaque jeudi une chronique «drôle». Mais, dès le début du roman, Octave se fait virer… en live, car il n’a pas préparé son texte. Toute ressemblance avec des faits que l’auteur a réellement vécus n’est pas du tout fortuite. Mais qu’a donc fait Octave la veille qui l’ait empêché de rédiger? Voilà toute la question.

Le récit prend alors la forme d’une longue analepse où le protagoniste relate sa folle soirée. Une carte de Paris permet de suivre ses déambulations nocturnes. La capitale est transformée en épicentre des problématiques contemporaines avec le mouvement des «gilets fluos», le mouvement #MeToo, les relations hommes-femmes, le «comico-populisme», soit un populisme totalitaire basé sur le rire. Octave dissèque son époque, cerne sa décadence en cours.

Un paumé sans idéal

Il fait désormais partie des déclassés et peine à boucler ses fins de mois. Lui qui, par le passé, était une sorte de dandy esthète fasciné par la bonne chère est désormais un has been, vieux et dépassé; il est l’homme qui pleure de rire, celui qui a perdu ses idéaux (en a-t-il jamais eu?) et, pour ne pas sombrer, tourne le monde en dérision.

Evidente référence à L’Homme qui rit de Victor Hugo, ainsi qu’à la figure du Joker, dans le récent film de Todd Phillips, le roman, avec en couverture l’émoji qui pleure de rire, baigne tout entier dans un univers tragicomique. Et cette alchimie du rire et du chaos est réussie. On rit beaucoup dans cette déambulation d’une nuit qui reparcourt la dernière décennie, avec des clins d’œil à Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq et à Fight Club de Chuck Palahniuk. On pense aussi à Vesoul, le 7 janvier 2015 de Quentin Mouron.

Frédéric Beigbeder sait entraîner le lecteur dans cette folle nuit qui, sous des airs de Mai 68, évoque plutôt la fin du monde. A prendre avec humour.


L’Homme qui pleure de rire
Roman
Frédéric Beigbeder
Grasset, 316 p.