Séries sur Croisette

Frédéric Krivine en son «Village français»

S’exprimant au Festival de Cannes des séries, le créateur du feuilleton sur la France occupée se montre sévère envers le système hexagonal. Notre chronique cannoise

Ce qui est plaisant chez Frédéric Krivine, c’est son franc-parler. Le créateur d’Un village français dépeint son milieu sans les habituelles auto-congratulations confraternelles qui foisonnent, surtout dans les festivals. Sa parole rude énerve parfois par ses raccourcis un peu caricaturaux, mais l’homme n’a plus rien à prouver: il est l’un des piliers, sur le flanc de la fiction, du paysage audiovisuel français.

Il acquit cette stature dès 1997 avec PJ, sous influence de l’américaine NYPD Blues, une série qui avait bousculé la routine policière hexagonale. Par la suite, sans conteste, Un village français a constitué un moment majeur de la fiction TV récente en France. Laquelle, par ailleurs, stagne, juge le scénariste: «Cherif, Caïn... ce genre de séries sont toutes issues de Navarro et Julie Lescaut. La vision du monde est bien simple, il y a un bien et un mal bien posés, l’inscription dans la société est nulle.»

A propos du «Village…», une revue de presse: Série TV: l’excellent cours d’histoire du «Village français»

«Rien n’a changé»

S’exprimant dans le cadre de Canneseries, Frédéric Krivine démonte l’idée selon laquelle le monde des séries aurait évolué: «Rien n’a changé depuis vingt ans. Les chaînes n’osent pas commander des séries longues et, ensuite, elles se plaignent quand la deuxième saison ne vient pas assez vite. Elles ne veulent pas se lancer dans une politique de pilotes», c’est-à-dire de développements parallèles de projets, avec des choix sévères à la fin. «Il y a 80 producteurs de séries en France, dont la majorité font un ou deux unitaires par an. Et la grande majorité sont aussi hostiles à un système de pilotes.»

L’effet, mesuré, de PBLV

Il relève que «Plus belle la vie a révolutionné le paysage en France», en instaurant un dispositif d’écriture à plusieurs (la «writer’s room»), tout en soulignant le fait que ces démarches demeurent des exceptions. Pour l’illustrer, il détaille ce qui fut le fonctionnement d’Un village français, dans lequel il assumait la fonction de scénariste en chef («show runner»): à l’orée de chaque saison, il commençait par discuter avec son consultant historique. Puis il définissait une grande question dramatique, un enjeu couvrant l’ensemble de la saison. Il formulait ce qu’il souhaitait pour chaque personnage, là où ils devaient se situer à la fin de la saison, ensuite quatre à cinq auteurs planchaient.

Une formule encore rare dans le paysage hexagonal, mais qui a permis d’offrir cette solide plongée dans les années sombres du pays sous l’Occupation. Il y a vingt ans, Frédéric Krivine avait déjà tenté de changer le mode de conception des feuilletons: «Mais alors, les auteurs pensaient que c’était de la m… ou du prêt-à-porter. Maintenant, ils veulent tous écrire pour des séries.» Ah, quelque chose a changé, tout de même.

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