Frédéric Lamoth. Les Sirènes de Budapest. Bernard Campiche, 190 p.

Un étudiant en médecine en déroute répond à une petite annonce demandant «un secrétaire particulier parlant hongrois». C'est la langue de son enfance, il a besoin d'argent et de dérivatif: il va donc lire pour un grand malade, reclus dans une villa de la côte lémanique, le Kaddish pour un enfant qui ne naîtra pas d'Imre Kertesz. Et surtout, ce jeune homme va entrer dans un univers gris, sous lequel s'agitent encore faiblement des secrets de famille, avec leur lot ordinaire de culpabilité et de souffrance. Lui-même est d'une famille hongroise chassée par les événements de 1956. Aux souvenirs de son étrange employeur, il va donc confronter ceux qu'il a hérités des siens et découvrir «le poids de l'Histoire dans nos vies». Désemparé, sans but réel dans la vie sinon d'écrire, il semble se laisser gagner par la mélancolie qui se dégage de ses rencontres quotidiennes. Une silhouette féminine s'y dessine parfois: la fille du malade. On se dit qu'une histoire d'amour pourrait naître entre ces deux solitaires, mais non, c'est comme s'il ne restait plus assez de force vitale pour enflammer un sentiment. L'auteur, comme son narrateur, est d'origine hongroise par son père. Devenu médecin, il a déjà publié La Mort digne en 2003.