Il s’appelle Oleg. Il vit à Genève. Il a une quarantaine d’années, une femme enseignante, une fille adolescente. Le monde contemporain le laisse souvent perplexe et il exerce le métier d’auteur de bandes dessinées. Toute ressemblance avec Frederik Peeters n’est pas fortuite: Oleg est son alter ego, son double de papier dans un récit aux effluves autobiographiques fallacieux.

En 2019, Frederik Peeters publiait Saccage, un livre splendide et terrifiant, 75 vignettes sans texte convoquant Tarkovsky, Moebius, Böcklin, David Lynch, Jérôme Bosch et autres prophètes des temps derniers pour raconter quelques moments choisis de l’Apocalypse. Après cette sidérante embardée aux couleurs exacerbées, le dessinateur revient sur terre et au noir et blanc. Le retour au réel est «salutaire, nécessaire», rigole l’artiste. Mais équivoque: quand il dessinait Saccage, le visionnaire aspirait à se concentrer sur les petits bonheurs du quotidien; quand il rentre dans les jours et les peines avec Oleg, le chroniqueur dérape du côté de l’onirisme.