«Je ne comprends pas comment font ceux qui, comme Fredi M. Murer, attendent 10 ans pour réaliser un projet», confiait récemment Alain Tanner en avouant par ailleurs son admiration pour ce collègue. Né en 1940 dans le canton de Nidwald, Murer est en effet l'un des rares cinéastes suisses de son «calibre». Un auteur rare, plus emblématique même que Tanner ou Daniel Schmid d'un certain «génie helvétique», ayant toujours produit et tourné ses films au pays. Le seul hic: on ne le connaît – en Suisse romande du moins – guère que pour L'Ame sœur (Höhenfeuer), son chef-d'œuvre de 1985.

On pourra en apprendre plus en fréquentant, jusqu'au 15 février, le Cinéma Spoutnik de Genève. Ce dernier a en effet eu la belle idée d'un petit hommage, à travers une rétrospective de six films qui représente en fait l'essentiel de son œuvre. Les moyens métrages Chicorée (1966) et Passages (1972), deux portraits d'artistes, représentent bien des débuts placés sous le signe du cinéma underground et expérimental. Dans le second, Murer présente le travail d'un ami proche, le peintre et sculpteur R.H. Giger, rendu plus tard célèbre par sa contribution au film Alien.

Premier long métrage et modèle de documentaire ethnographique, Ce n'est pas notre faute si nous sommes des montagnards (1974) présente les dilemmes des Uranais, tiraillés entre une modernisation forcée et le maintien des traditions. Passé à la fiction avec Grauzone (1979), Murer révèle ensuite un penchant pour la fable avec cette histoire diffuse d'une «épidémie psychique» qui aurait frappé l'Occident: un beau film d'atmosphère en noir et blanc qui ne pouvait guère espérer un succès populaire. Celui-ci vint contre toute attente avec L'Ame sœur, film dont la force poétique fait passer la pilule d'un récit pourtant fondé sur le tabou de l'inceste entre frère et sœur.

Après le documentaire écologiste La Montagne verte (absent du programme), Murer mettra 10 ans à réaliser Pleine lune (Vollmond, 1997), film-somme qui déborde de partout mais qui reste passionnant jusqu'à son final trop naïf. Depuis, silence et rumeurs: le cinéaste se serait relancé dans un projet de longue haleine.

Cinéma Spoutnik, Coulouvrenière, 11, Genève. (Rens. 022/328 09 26

Internet: http://www.spoutnik.info); jusqu'au 15 février.