Festival de Locarno

Fredi M. Murer, un géant honoré à Locarno

L’auteur de «Höhenfeuer» a reçu un Pardo alla Carriera récompensant une filmographie qui a puissamment enrichi le cinéma suisse et remodelé les consciences

Fredi M. Murer est chez lui au Locarno Festival. Il y a reçu un Léopard d’or en 1985 pour Höhenfeuer (L’Ame sœur), une tragédie grecque délocalisée au cœur des Alpes, cette terre de roc et de glace couvant les feux les plus ardents des passions interdites. Ce chef-d’œuvre trône toujours en tête des sondages sur les meilleurs films suisses. En 1990, quelques journalistes spécialisés lancent à Locarno une section indépendante, la Semaine de la critique, dévolue au documentaire; et c’est Murer qui remporte la première compétition avec Der grüne Berg, un film de résistance qui rencontre les habitants de Wellenberg (Nidwald), où il a été décidé d’implanter un site d’enfouissement de déchets radioactifs.

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Documentaires ou fictions, les films de Fredi M. Murer s’imposent par leur originalité, leur engagement, leur écriture et leur humanité. Ils constituent les pierres d’angle de la cinématographie helvétique. Höhenfeuer réinvente le Heimatfilm en mêlant rigueur ethnographie et fatalité, comme Wir Bergler… (1974) rendait aux paysans de montagne leur dignité. Der grüne Berg impose sans slogans ni glose la nécessité de s’insurger contre les diktats technocratiques.

Cinéma expérimental

Né à Altdorf en 1940, le réalisateur s’est fait au feu du cinéma expérimental. Il a bricolé des manifestes en compagnie de H. R. Giger, comme 2069 – Swissmade, dans lequel le nécromant de Coire esquisse déjà la silhouette du xénomorphe d’Alien… En 1998, Murer signe la première et unique partie d’un diptyque, Vollmond (Pleine Lune), qui, entre enquête policière et mystère surnaturel, évoque Twin Peaks et anticipe une série télé comme The Leftovers: douze enfants se volatilisent.

Leurs parents reçoivent comme demande de rançon l’exigence d’un monde meilleur. S’ils n’y souscrivent pas, une nouvelle volée d’enfants disparaîtra à chaque pleine lune… En 2006, il signe un film grand public couronné de succès, Vitus, l’histoire tendre et subversive d’un jeune surdoué qui doit apprendre à «suivre son étoile».

Fredi M. Murer est un trésor national. Il pourrait légitimement adopter l’attitude hautaine d’un père fondateur. Il préfère rester modeste, curieux, farceur. Il aime la prestidigitation, il dessine dans les coins, notamment un hommage à Freddy Buache en exergue du catalogue de Locarno, s’amuse comme un gosse en évoquant sa collection grandissante de Léopards. Redevenant sérieux, il dit que ce Pardo alla Carriera, il l’accepte au nom d’une génération de cinéastes suisses, celle qui compte aussi Alain Tanner ou Markus Imhoof.


Conversation with Fredi M. Murer, Locarno, Spazio Cinema, ve 16, 13h30.

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