La peinture des frères Barraud est un vaste sujet, à la hauteur de l'ampleur de leur production, de l'intérêt qu'elle continue de susciter, un intérêt qui semble même croître, à la hauteur aussi du caractère unique, par là un peu énigmatique, de la relation entre quatre frères presque également doués. Charles, François, Aimé et Aurèle sont nés entre 1897 et 1903 à La Chaux-de-Fonds; la famille comptera sept enfants. Le père était graveur, métier acquis auprès de son propre père dans la cité horlogère.

Dans la fratrie, François est considéré comme le maître, le facteur d'émulation. Atteint de tuberculose, il disparaîtra le premier, en 1934 (il était né en 1899). Aurèle et Aimé, proches et liés comme des jumeaux, sont effectivement, sur le plan stylistique, les moins bien dissociables. Enfin, Charles, l'aîné, celui qui vivra le plus longtemps (il est mort en 1997 à l'âge de 100 ans), mènera une carrière un peu plus solitaire, et sa peinture donne davantage de signes d'une libération de la touche. Mais dans l'ensemble, et cette exposition commune aux quatre peintres est frappante à cet égard, les frères Barraud sont, à peu de chose près, pareils dans le choix de leurs sujets, parmi lesquels la figure humaine occupe une place centrale, dans la maîtrise des moyens, dans le caractère engagé de leur art, qui témoigne de l'injustice sociale et de la misère.

Tous quatre ont vécu cette misère: au moment où ils suivaient les cours du soir à l'Ecole d'art de La Chaux-de-Fonds, où enseignaient notamment Charles L'Eplattenier et Charles-Edouard Jeanneret, ils travaillaient la journée comme maçons ou casseurs de pierres, activités qu'ils ont poursuivies les années suivantes pour gagner leur vie et celle de leur famille. Intéressés par l'art primitif, influencés aussi par la peinture hollandaise, les frères Barraud ont réalisé des tableaux réalistes, teintés de mélancolie et d'une certaine étrangeté, à l'instar des peintres allemands de la Neue Sachlichtkeit ou Nouvelle Objectivité.

A Genève, la Galerie Moos passera contrat avec eux, leur apportant un soutien sans doute, les soumettant à des exigences aussi. Lors des expositions genevoises, par exemple au moment de l'hommage à François juste décédé, d'aucuns critiqueront une technique minutieuse, les «bois aux veines glacées, métaux éteints, chairs plombées». Bonne description de la peinture de François Barraud et de ses frères, mais il y manque une allusion à la justesse évocatrice des situations, à l'intelligence des constructions et surtout à l'émotion contenue qui émane des tableaux. Tableaux qui mettent en scène les modèles familiers et familiaux, à commencer par les épouses des peintres et… les frères.

La troisième exposition présentée dans les locaux du musée est un hommage à un collectionneur, Herbert Wolfer-Sulzer, et à ses fils, donateurs de la collection. Une collection d'art français, impressionniste et postimpressionniste, qui compte onze peintures de Bonnard, un grand nombre de natures mortes et de paysages, des figurines en bronze de Maillol, des Monet et des Sisley, des pièces assez intimes, qui toutes nous touchent par quelque élément décalé et original.