Il suffit de traverser un marché en Afrique occidentale pour saisir ce que, en dessous du Sahara, représente la gémellité. Les mères de jumeaux n'ont qu'à s'asseoir sur le sol avec leur progéniture pour être écrasées d'offrandes. Les frères Coulibaly, Lassina et Ousséni, avaient au moins deux raisons d'être nés sous une bonne étoile: ils sont jumeaux et griots. Musiciens par hérédité, ils parcourent les scènes du monde depuis près de quinze ans. Nés au Burkina Faso, les deux Coulibaly et leur frère aîné Souleymane vivifient une des traditions les plus brillantes d'Afrique. A Bobo Dioulasso, leur repère sur le continent, les percussionnistes se comptent par centaines. Le collectif Farafina en a assuré la réputation. Et les frères Coulibaly, en concert ce soir à Lausanne, confirment l'importance de la cité, postée à quelques encablures du Mali, dans l'univers des musiques noires.

Marqué par une maîtrise absolue des percussions (djembé, tama, dundun), le nouveau disque des frères Coulibaly rappelle Bolomakoté, première production de Farafina. Séniwè se distingue par sa frénésie rythmique, à laquelle les gigantesques balafons aux calebasses percées contribuent largement. Les frères Coulibaly tentent aussi, avec moins de réussite, de moderniser leur répertoire ancestral. Ils invitent notamment le programmateur Yorgos Bernados. Dans ces pièces réactualisées, c'est d'abord les limitations qu'impliquent parfois de tels apports technologiques qui sont flagrants. La modernité de cet opus est ailleurs que dans les boîtes à rythmes de fortune. Elle réside dans l'émotion, toujours neuve, que suscitent les rythmes traditionnels.

Les frères Coulibaly en concert. Ce soir à 21h. Atelier Volant

de Lausanne. Rens. 021/311 52 80.

«Séniwè» (Trace/COD)