La vie et l’art, à coups de crayon

Exposition Fri Art aligne les dessins de Hayan Kam Nakache

Une exposition comme un dessin dans l’espace, un simple trait à hauteur du regard. Au rez-de-chaussée de Fri Art, les murs sont laissés vides. Tout est au centre, sur un quadrilatère de parois dont on fait le tour. Tout, c’est-à-dire une ligne de petits cadres, une soixantaine, qui chacun renferme un dessin. La ligne est en pointillé avec des silences, des respirations. Il en faut face à ce foisonnement. Cette présentation minimaliste, sobre, convient en effet à l’art tout en paradoxes de Hayan Kam Nakache.

L’artiste, né à Damas en 1982, diplômé de la Haute Ecole d’art et de design de Genève en 2011, dessine comme un furieux, avec une énergie qui pourtant ne déborde jamais et trouve sur la feuille des déséquilibres parfaits. C’est la première fois qu’on peut voir ainsi son art se déployer, le jeune artiste n’ayant encore que très peu exposé seul. C’est en effet surtout dans son duo avec son camarade Josse Bailly au sein de Tobby Landei qu’il est le plus souvent apparu jusqu’ici. A Fribourg, le duo s’est aussi exprimé, mais dans l’espace du fond. Place d’abord aux dessins de Hayan Kam Nakache.

De loin, la plupart apparaissent comme des gribouillages intenses. Mais plus on approche, plus on perçoit leur maîtrise. Que le dessin soit dense ou plus épuré, au trait ou s’approchant de la peinture, il dénote d’un sens aigu de l’espace. L’encre de Chine ou les feutres, la mine de plomb ou les pastels secs, voire le collage ou l’aquarelle, Hayan Kam Nakache expérimente toutes les techniques. Il peut évoquer les pires graffitis ou rappeler les univers surréalistes, donner à voir directement son sujet ou le camoufler dans un amas de traits, à chaque fois l’ensemble se tient parfaitement, habite le cadre de la feuille exactement comme il faut.

Les tags de parkings, l’artiste ne va pas les chercher en diplômé de la HEAD qui regarderait de haut ces expressions de la rue. Il les a lui aussi pratiqués in situ, et il rappelle ici leur force expressive, en les mêlant à des inspirations données comme plus nobles, plus autorisées, de Picasso aux calligraphies et arabesques qui appartiennent aussi à son histoire personnelle. Certains ont d’ailleurs été réalisés lors de résidences à Marseille et au Caire.

Même quand ils frisent l’abstraction, les dessins de Hayan Kam Nakache se révèlent assez vite habités. Un corps, un visage apparaissent dans la forme principale, au départ incertaine, ou dans un détail. Cette expression très incarnée rapproche aussi l’artiste de toute une expression populaire, de la bande dessinée aux jeux vidéo.

Le tour accompli, on peut pénétrer dans la salle du fond pour découvrir les personnages peints avec son complice Josse Bailly. Ils prennent toute la paroi, figures brunes, pataudes et qui pourtant semblent mouvantes, artistes d’un cirque déroulant leurs numéros au milieu de rectangles verts. Il y en aurait 63, si l’on en croit le titre de l’œuvre, 3150.- CASH! Oui, ce sont des billets de 50 francs, pas des dollars.

Fri Art, Fribourg. Me-ve 12h-18h, je 12h-22h, sa-di 13h-18h, jusqu’au 8 février. www.fri-art.ch.