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Fribourg rend hommage à Bruno Baeriswyl

Différents lieux fribourgeois exposent des séries d'œuvres, des dessins sur papier et des vitraux du peintre, natif de la cité.

Les expositions dédiées à Bruno Baeriswyl dans différents lieux de Fribourg sont représentatives non seulement d'une œuvre, qui mérite ces hommages, mais encore d'une situation. Quelle a été et quelle est encore la vie artistique dans une petite ville telle que Fribourg, qui dispose aujourd'hui d'un musée assez dynamique, d'une Kunsthalle, Fri-Art, et d'un espace réservé au travail d'un artiste de la région jouissant d'une réputation internationale, Jean Tinguely? Plus modestement, Bruno Baeriswyl a contribué, notamment avec son ami Michel Ritter, fondateur et directeur de Fri-Art, à imposer l'art contemporain dans un milieu conservateur. Cela n'a pas été sans mal, mais aujourd'hui Fribourg salue la mémoire de ce peintre abstrait, décédé de maladie en 1996 à l'âge de 55 ans.

L'artiste, dès sa prime jeunesse, a été abstrait, sans qu'on puisse lire une évolution de la figuration vers le non-figuratif. Autodidacte, issu d'une famille ouvrière de la partie basse de la ville – mais d'une famille où le père, couvreur, faisait quotidiennement de la musique et où les frères (douze enfants) peignaient –, Bruno Baeriswyl a commencé par travailler dans une fabrique de cartonnage, avant de réaliser des maquettes pour un atelier d'architectes, puis de se vouer à la peinture. Une peinture qu'il a abordée d'emblée dans son état actuel, c'est-à-dire, dans les années 50 et 60, au moment de l'abstraction lyrique et du tachisme.

Cette inscription directe dans une pratique contemporaine est pour le moins stupéfiante. Le peintre, qui sera à trois reprises lauréat d'une bourse fédérale, s'est formé en visitant les expositions. Il a ainsi découvert Paul Klee, et des peintres à l'égard desquels il manifestera d'indéniables affinités, un Charles Rollier, un Antoni Tàpies, sans oublier les tenants de l'Action Painting. La riche rétrospective du Musée d'art et d'histoire de Fribourg illustre les séries successives réalisées par Baeriswyl, les «Compositions architectoniques» du début des années 60, où la forme ronde, épaulée de motifs plus carrés, semble progresser du centre vers les bords; les «Papillons» ou les «Poumons» du milieu de la même décennie, plus libres et gestuels, où le blanc règne en maître; la «Période bleue» de la fin des années 60 et 70, que montre l'exposition de Fri-Art; et la série des «Tuiles», qui autorise de multiples variations et constitue un hommage au père.

Les œuvres sur papier et les ouvrages monumentaux tels les vitraux ne sont pas oubliés, et révèlent la puissance de travail de l'artiste, qui a trouvé le temps de créer la galerie RB avec Michel Ritter. Fri-Art en est un peu la petite sœur et réunit aux côtés de Baeriswyl deux plasticiens fribourgeois. D'une part, le photographe Jacques Sidler, qui a été le collaborateur de Roman Signer et qui nous a donné des portraits saisissants de Baeriswyl aux allures de sculpteur ou de bûcheron. Egalement mort de maladie, peu avant son ami, Jacques Sidler a conservé la trace de son travail, que Baeriswyl tenait tant à laisser.

Le troisième Fribourgeois exposé à Fri-Art appartient à la génération suivante. Il s'agit de Stéphane Dafflon, qui agit sur le pouvoir illusionniste des formes les plus simples, les plus géométriques. Ce peintre qui recourt à l'ordinateur, témoigne aussi du courage que demande le choix de la vie d'artiste: il s'agit de naviguer à contre-courant, de sacrifier à son art, sans savoir s'il en vaudra la peine ou s'il sera reconnu. Un troisième espace participe à l'hommage à Baeriswyl, l'année où il aurait fêté ses 60 ans: la Galerie APC, dirigée par un autre de ses amis, Pierre Eichenberger.

Bruno Baeriswyl. Musée d'art et d'histoire (tél. 026/305 51 67) et Fri-Art (tél. 026/323 23 51). Jusqu'au 11 nov. Galerie APC (tél. 026/341 09 53). Jusqu'au 20 oct.