Scènes

Frida Kahlo, son enfance au bout des fils

Pour son troisième spectacle autour de la peintre mexicaine, Martine Corbat s’adresse aux tout-petits via la marionnette. La comptine, qui parle de résilience, est simple, musicale et magique

Martine Corbat est une toquée de Frida Kahlo. Par trois fois, cette année, la metteuse en scène a imaginé une pièce qui rend hommage à la peintre mexicaine. Un premier spectacle de cabaret composé de lectures et de chansons (Frida la douce). Une deuxième production très visuelle et biographique où les tableaux de la peintre prenaient vie sur le plateau alors que se racontait par le menu la vie de Frida et de Diego (Frida Kahlo, autoportrait d’une femme).

Et ces jours, La poupée cassée, troisième proposition à découvrir au Théâtre des Marionnettes de Genève, qui retrace l’enfance de Frida assombrie par la maladie. Chaque fois, la musique composée et interprétée par Pierre Omer joue un rôle central, puissante toile sonore entre swing, blues et folklore. Chaque fois, l’humour et la joie permettent d’alléger la cruauté d’un destin marqué par un corps blessé. Ou comment raconter la résilience sans peser.

Liviu en star à plumes

Le Roumain Liviu Berehoï est un as de la marionnette à fils et suscite l’admiration des fans du genre depuis près de trente ans. Dans La poupée cassée, il passe de la mère au père avec dextérité et prête à chacun la voix de son tempérament. Fatigué et préoccupé pour la maman, rêveur et joueur pour le papa, un photographe qui enseigne à la petite Frida comment capter l’instant.

Mais ce n’est pas tout. Plus loin dans le récit, le marionnettiste sort de son rôle de manipulateur, enfile une coiffe de plumes de paon et chante la beauté de Mexico sur l’air de La bamba. Il faut voir ça! L’acteur, joyeux et barbu, rayonne. Il n’est pas seul dans cette parade animalière. A ses côtés, Pierre Omer, accordéon et ramure de cerf, chante également l’amour de Frida pour la nature et ses mystères. Un grand moment.

Le meilleur de chacun

Martine Corbat a ce talent: donner la meilleure part à chacun. C’est le cas aussi de Fredy Porras, dont le décor, cette maison bleue ou casa azul, aux arbres stylisés et aux cadres de photos vieillis, est un régal pour les yeux. C’est le cas encore des marionnettes à la fois raffinées et expressives de Christophe Kiss. De Frida, jolie enfant à la mine décidée, à ses parents élégants, en passant par le singe Capucin, le perroquet Picasso ou encore le squelette démantibulé, les personnages touchent par leur naturel et leur sincérité.

Logiquement, Martine Corbat est Frida. Frida adulte qui manipule la marionnette enfant et la prend délicatement dans les bras lorsque la petite apprend qu’elle devra toute sa vie endurer la poliomyélite. Elle la couche, la borde et lui parle de l’art comme porte de sortie. C’est beau. Et même magique lorsque la comédienne fait apparaître un tableau sur lequel la peintre s’est représentée avec un corps de cerf…

Le réel n’est rien

Dans ce spectacle destiné aux petits dès 4 ans, les photos deviennent des ailes dans le dos, l’oiseau blessé s’appelle Diego, le squelette chante du blues avec un air hilare et la corde à linge se transforme en balançoire. Le message est limpide: le réel n’est rien. Tout dépend de ce qu’on en fait et de ce que chaque enfant, malade ou bien portant, se souhaite pour plus tard.


La poupée cassée, jusqu’au 22 décembre, Théâtre des Marionnettes de Genève.

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