Est-ce un retour en arrière? L’Opéra de Paris comme le Grand Théâtre de Genève ne brillent pas par leur audace. L’esprit se veut fédérateur, voire conservateur. C’est particulièrement marqué à Paris où nos collègues français dénoncent le «processus de ringardisation» sous l’ère de Nicolas Joel. Les mises en scène y ressembleraient à celles d’il y a 30 ans. On n’ira pas jusque-là pour le Grand Théâtre, mais force est de reconnaître que l’audace et le caractère prospectif qui prévalaient à l’époque de Jean-Marie Blanchard – à l’exception des ouvrages contemporains comme le prochain Richard III de Battistelli mis en scène par Robert Carsen en janvier – ne sont plus d’actualité.

La tendance va vers un théâtre plus consensuel, avec des mises en scène qui ne prennent pas trop de risques (direction d’acteurs paresseuse) ou qui reflètent une avant-garde conceptuelle et opaque (Mats Ek dans Orphée et Eurydice). On sent une volonté de tourner la page avec une forme de mise en scène trash et provocatrice, venue essentiellement d’Allemagne. Tobias Richter, directeur du Grand Théâtre de Genève, pourra toujours rétorquer qu’il fait appel à des personnalités innovantes comme Christof Loy. Mais ses spectacles ont-ils été des chocs esthétiques? Ce théâtre est-il visionnaire comme l’a été celui d’Olivier Py à Genève? Ouvre-t-il des voies insoupçonnées? Christof Loy suit les traces du Regietheater à l’allemande: il détourne les livrets avec plus ou moins de bonheur… et perpétue les tics de cette forme de théâtre.

L’amateur de théâtre souhaiterait plus de prise de risques dans les choix esthétiques. Il y aurait des grandes réussites et des grands échecs, ce qui est le propre d’une maison d’opéra qui produit ses spectacles. On navigue désormais dans une grande moyenne – y compris pour le chant. Le bel canto et l’opéra italien exigent de telles voix que le Grand Théâtre n’a pas les moyens de se les offrir…