DVD

«Fringe» offre le meilleur de la science-fiction

Imbroglio quantique à variable schizophrène

Genre: DVD
Qui ? J. J. Abrams, Alex Kurtzman & Roberto Orci (2011)
Titre: Fringe 3
Chez qui ? Warner Bros

C haque époque a ses thérapies contre la grande pandémie de paranoïa qui ravage l’Amérique et ses colonies culturelles. Il y a vingt ans, X-Files , qui avait le crash de Roswell et le Watergate pour mythes fondateurs, affirmait que la Vérité est ailleurs. Lancée il y a trois ans, Fringe a d’abord ressemblé à un aggiornamento de la série de Chris Carter.

Succédant à Fox Mulder et Dana Scully du Bureau des Affaires spéciales, trois spécialistes opèrent au sein de la division Fringe du FBI. Olivia Dunham (Anna Torv), une agente blonde, efficace, un peu mélancolique. Peter Bishop ­ (Joshua Jackson), qui dilapide ses prodigieuses facultés intellectuelles en activités semi-licites. Et son père, Walter Bishop (l’extraordinaire John Noble), un savant qui a passé les vingt dernières années en hôpital psychiatrique.

Ce génie a Einstein, Tesla et le pianiste de Violet Sedan Chair pour idoles. Il est spécialiste en physique quantique, en biologie moléculaire et en milk-shake fraise. Adepte des sciences extrêmes, il explore la tangente de l’esprit et de la matière et abuse du LSD. Son QI dépasse l’entendement, mais les abus l’ont ravagé. Il est comme un gosse, perdu, désinhibé. Au fil des épisodes, le bouffon pathétique évolue en figure prométhéenne tragique.

Le trio enquête sur des cas bizarres, impliquant des technologies de pointe. Toutes les pistes mènent à Massive Dynamic, une entreprise concentrant en elle la puissance terrifiante du complexe militaro-industriel.

Fringe a été lancée par J. J. Abrams, l’homme qui, avec Lost, a converti la moitié de la planète à la science-fiction selon Philip K. Dick, grand paranoïaque devant le Dieu descendu du Centaure. Ce génie du feuilleton télévisé ne pouvait se cantonner dans une simple série policière futuriste. Car «la réalité n’est qu’une question de perception».

A la fin de la première saison, Olivia se retrouve, en novembre 2008, dans le bureau de William Bell, fondateur de Massive Dynamic, situé dans les étages supérieurs du World Trade Center… Elle est passée de l’autre côté du miroir.

Dans cet univers parallèle, reflétant imparfaitement le nôtre, les zeppelins survolent New York, la statue de la Liberté est dorée, les téléphones se portent à l’oreille, comme une boucle, la comédie musicale Dogs a beaucoup de ­succès, on cite Taxi Driver de ­Coppola… Olivia est rousse et Walter ministre de la Défense.

Et Peter? Lui, c’est différent. Il n’a pas de double car il vient du monde alternatif. Vingt-cinq ans plus tôt, Walter l’a enlevé: «Je me suis introduit chez eux et j’ai volé un enfant.» C’est la faute originelle. En passant d’une dimension à l’autre, en soustrayant une masse, le savant a enfreint les lois fondamentales de la physique. Des vortex ravagent l’univers parallèle. On colmate les brèches avec un ambre synthétique dans lequel il arrive que des citoyens soient pris comme des insectes.

La saison 3 passe la vitesse supérieure, avec un générique bleu pour notre monde, un rouge pour l’autre. La rousse Olivia (dite Fauxlivia) infiltre notre division Fringe, tandis que la blonde se retrouve piégée de l’autre côté. Les métamorphes, ces créatures articifielles susceptibles de prendre n’importe quelle forme humaine, se propagent.

Mais surtout, notre monde commence aussi à se fissurer. Perturbations bénignes (la structure atomique d’un balcon se modifie) ou plus graves (des microséismes prolifèrent de façon exponentielle). Seul Peter est capable de ravauder les mailles défaites de la réalité. A l’écart, l’Observateur, émissaire d’un futur lointain, tire les ficelles de la destinée selon une logique hermétique.

Restaurer l’équilibre du monde laisse du temps pour quelques enquêtes hallucinées. Un émule de Frankenstein récupère les organes de son aimée. Un génie organise des attentats mortels en plaçant un simple crayon à un endroit déterminé au gré de quelque 120 variables dans un système d’équations différentielles. Une femme n’arrive pas à mourir.

Fringe conjugue brillamment les difficultés sentimentales (Olivia jalouse de la relation que Peter a eue avec Fauxlivia) et les implications cosmiques. Décline des notions comme la synchronicité, la discontinuité spatiale, l’intrication quantique, la métempsycose (William Bell squatte momentanément l’enveloppe d’Olivia). Développe une imagerie apocalyptique impressionnante. Adopte le fantasme lovecraftien des Grands Anciens (une machine enfouie dans les couches géologiques les plus profondes)…

C’est actuellement ce que la science-fiction dans son acception dickienne a de plus passionnant à proposer.

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Walter Bishop

Le savant fou de Fringe, découragé(épisode 8, «Entrada»)

«J’ai fait quatre heures de méditation, fumé deux grammes de Brown Betty, et je n’ai rien trouvé»
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