Froide vengeance et humour nordique

Drôle de thriller Stellan Skarsgard et Pal Sverre Hagen font merveille dans «Refroidis»

Quatre ans après Un chic type (En ganske snill mann), le trio composé du Norvégien Hans Petter Moland (réalisateur), du Danois Kim Fupz Aakeson (scénariste) et du Suédois Stellan Skarsgard (indispensable vedette) remet ça dans Refroidis (Kraftidioten), une nouvelle comédie criminelle scandinave à l’humour glacial. Comme pour le film précédent, qui s’amusait de la réinsertion difficile d’un tueur sorti de prison, on peut se demander si cela valait vraiment une sélection en compétition au Festival de Berlin. Mais le fait est qu’on ne s’ennuie pas en compagnie de ces grands pros, qui lorgnent ici du côté des frères Coen, Quentin Tarantino ou Takeshi Kitano.

A priori, personne ne paraît plus à l’abri d’un déchaînement de violence que Nils Dickman, sexagénaire suédois installé dans un bled norvégien dont il est le conducteur de chasse-neige. Tout juste nommé citoyen de l’année, c’est un homme sans histoire dans un pays (presque) sans histoires. Ou bien? Car, lorsqu’un jeune employé d’aéroport trouvé mort d’overdose s’avère n’être autre que son fils, son monde bascule. Refusant la version officielle, il se lance alors à la recherche de ses meurtriers. Mais l’apparition de ce justicier anonyme (Stellan Skarsgard, parfait sur le mode Liam Neeson) va déclencher une guerre entre «Le Comte», gangster local, et «Papa», chef du gang serbe rival. Et les cadavres de s’empiler…

Pince-sans-rire

En fait d’humour, le début n’est pas drôle du tout. Hans Petter Moland décrit la vie de sa petite communauté enneigée avec un laconisme typique, use de l’ellipse pour le crime déclencheur puis évoque encore le deuil avec la gravité qui sied. Quelques petites touches – dialogues pince-sans-rire, silences appuyés entre les époux, mais surtout ces cartons noirs avec nom, surnom et confession venant confirmer chaque décès – laissent tôt deviner d’autres intentions. Après avoir perdu sa femme et envisagé le suicide, Nils devient un autre homme, qui n’a vraiment plus rien à perdre. Lorsqu’il commence à mener sa propre enquête et remonte d’un tueur à l’autre, gâchant au passage le partage si équitable des activités criminelles, les auteurs se lâchent vraiment.

Bruno Ganz, la surprise

Dans cet ordre d’idée, leur plus jolie création est «Le Comte» (Pal Sverre Hagen, acteur déjà formidable dans Troubled Water et Kon-Tiki), gangster élégant, végétalien et colérique, par ailleurs père divorcé. Conseillant à son fils de frapper un garçon qui l’embête, il se voit répondre: «Mais ça me rendrait aussi stupide que lui!» Une sagesse qui n’empêchera pas le paternel de se méprendre sur la disparition de ses lieutenants et d’envoyer une tête coupée aux Serbes, qui le prennent mal. C’est là qu’entre en scène notre Bruno Ganz national, en improbable parrain balkanique marmonnant un sabir incompréhensible. Il fallait oser!

A partir de là, soit on décide de sourire de l’emballement macabre des événements, soit on trouvera la plaisanterie un peu longue, jusqu’à la bataille rangée à la Sam Peck­inpah ou Kinji Fukasaku, délibérément absurde. Au-delà du «body count», le plus amusant sont encore les commentaires révélateurs (sur l’état social, les étrangers, etc.) glissés çà et là, sans oublier une belle musique à la guitare électrique. Les fans du Fargo devraient être comblés, même si, pour son huitième film, le doué Moland (un ex-publicitaire tout juste sorti d’un documentaire sur la crise financière) devait avoir mieux à offrir.

VV Refroidis (Kraftidioten/One After Another), de Hans Petter Moland (Norvège-Danemark-Suède, 2014), avec Stellan Skarsgard, Pal Sverre Hagen, Bruno Ganz, Peter Andersson, Hildegun Riise, Birgitte Hjort Sorensen. 1h56.