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Bernasconi (Paolo Guglielmoni) et Bussenghi (Flavio Sala).
© DR

comédie

«Frontaliers Disaster»: ça rigole bien à la frontière tessinoise

Le frontalier Bussenghi et le douanier Bernasconi dérident le sud des Alpes depuis près de dix ans. Héros d’une comédie qui bat tous les records d’affluence au Tessin, ils se lancent à l’assaut du marché suisse

Tous les matins, Roberto Bussenghi prend la machina pour aller travailler en Suisse. Et tous les matins, le douanier Loris J. Bernasconi l’arrête à la frontière, vérifie son identité et le contenu de son coffre. Cela fait quinze ans que ça dure…

Bussenghi, le Rital volubile, moustache qui frise sous la gâpette de toile. Bernasconi, l’Helvète au front bas sous le képi pour qui le devoir est le devoir et les étrangers des voleurs de poules… Ces nouveaux avatars de l’auguste et du clown blanc sont apparus il y a une dizaine d’années sur les ondes de Rete Tre, l’équivalent de Couleur 3 dans la Suisse italienne. Ils ont été inventés par Flavio Sala et Paolo Guglielmoni, soit les Vincents Kucholl et Veillon du pays de la polenta.

Le Tessin accueille quotidiennement 60 000 frontaliers italiens, soit un tiers du marché du travail. Ce perpétuel flux engendre d’importantes tensions sociales et politiques. Les deux guignols radiophoniques contribuent à les exorciser. Leur popularité est immense. Pour Maurizio Canetta, directeur de la RSI-Radiotelevisione svizzera, ils sont devenus des archétypes, des «masques de la Commedia dell’arte». Les Italiens se reconnaissent en Bussenghi, les Suisses en Bernasconi. Lorsqu’il rentre de Milan, Flavio Sala n’est plus jamais contrôlé. Et même, intercepté par une brigade volante alors qu’il avait oublié ses papiers, le comédien a prouvé son identité en prenant la voix de Bussenghi…

«Star Wars» enfoncé

Le succès a poussé les auteurs à s’émanciper du format radiophonique pour faire leurs sketches à la télévision. Réunis en DVD, ceux-ci ont cartonné, de même qu’un moyen métrage projeté en salles. Alors ils sont passés à la dimension supérieure, celle du long métrage. Avec Alberto Meroni derrière la caméra, les deux zigomars se sont donné les moyens de produire une grande comédie familiale. Et ont remporté leur pari: sorti à la mi-décembre, la saison du «cinepanettone», ce feelgood movie italophone de Noël, Frontaliers Disaster a attiré, record historique!, 23 000 spectateurs au Tessin! Plus que Star Wars: Les derniers Jedi, loin devant les 18 500 spectateurs du plus gros succès de 2017, Moi, Moche et Méchant 3.

Le scénario de Frontaliers Disaster est digne de Bibi Fricotin. Mécanicien de précision chez Sprünger & Knüpfler, Roberto Bussenghi a inventé un moteur génial. Ses patrons lui adjoignent un garde du corps: c’est Loris J. Bernasconi, viré des douanes après avoir arrêté et brutalisé la femme de son chef… Enlevés par deux affreux bandits siciliens, les frères ennemis vont devoir s’entraider. Le ressort comique est un classique de la comédie: c’est le surmoi et le ça, tels que les ont incarnés Laurel et Hardy, Don Camillo et Peppone, Bourvil et de Funès – ce dernier étant le modèle de Flavio Sala.

Gags cartoonesques

Le tournage n’a compté que 5% d’improvisation, garantit Flavio Sala, et pourtant le film séduit par sa spontanéité. Il fait feu de tout bois, invoquant l’insolence de Groucho Marx et des gags cartoonesques rappelant l’absurde de la Rubrique-à-Brac. Les personnages s’évadent, errent dans la campagne pour revenir à leur point de départ sans même s’en rendre compte. Un douanier qui se prend pour Rambo suit une piste du côté de Mendrisio qui le mène rapidement au sommet de la Jungfrau. Bussenghi aplatit son réveille-matin d’un coup de marteau dans la tradition du Concombre masqué.

Bernasconi fait croire à sa fiancée qu’il travaille pour l’antenne tessinoise de la CIA. Son collègue s’électrocute avec son taser. Le clan des Siciliens est plus doué pour grimacer de haine que pour faire le mal… Si l’on additionnait le QI des personnages, on obtiendrait une piètre somme. Les répliques font mouche. «Vous parlez français?» demande la préposée à l’Office régional de placement. «Nur ein bischen», répond Bernasconi.

Le sel de la langue

Frontaliers Disaster a coûté 720 000 francs. Une paille. 30% du budget vient de la RSI, 70% d’Inmagine, la société de production d’Alberto Meroni. Réalisateur de plusieurs films à succès, dont La Palmira – Complotto nel Mendrisiotto (2015) et Gran Palace Hotel Stella Alpina (2016), le cinéaste a réinvesti ses gains. Mais il ne s’est pas donné la peine de faire une demande de subvention auprès de l’Office fédéral de la culture, car il est trop difficile de convaincre Berne d’investir dans des films comiques. «Rigoler, ce n’est pas sérieux», précise Flavio Sala.

Galvanisés par leur succès à domicile, les auteurs de Frontaliers Disaster prennent le pari de s’attaquer au marché suisse. En version originale. C’est un risque car les spectateurs ne sont pas toujours enclins à lire les sous-titres. C’est un plus car la langue et le choc des accents font le sel du film. Alberto Meroni prépare deux suites, Frontaliers Catastrophe et Frontaliers Apocalypse…


Frontaliers Disaster, d’Alberto Meroni (Suisse, 2017), avec Flavio Sala, Paolo Guglielmoni, Barbara Buracchio, Teco Celio, Enrico Bertolino, 1h50.

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