L'affiche de l'exposition de l'été au Manoir de la ville de Martigny mentionne simplement le nom de «Frossard», mais l'on sait que ce patronyme réunit deux prénoms, ceux de Claude et d'Andrée, qui travaillent ensemble depuis 1968, et depuis cette date signent de conserve les mêmes œuvres. On sait que Claude est peintre et Andrée tisserande, et pour chaque pièce on se demande un peu qui a fait quoi. Le sentiment est d'une intervention prioritaire de Claude le peintre, d'autant qu'Andrée insiste sur son statut d'«artisane». Peu importe, puisque leur choix est le travail collectif et la signature unique.

La violence faite aux toiles

Quatre-vingt-cinq peintures perforées et papiers tissés documentent, à Martigny, l'évolution récente de l'œuvre du couple neuchâtelois. La facture est toujours impeccable, mais la violence faite aux toiles, jalonnées de trous réguliers, la matérialité apparente du papier froissé et parfois recouvert de peinture argentée, font de ces œuvres davantage qu'une méditation sur les composantes minimales de l'art pictural. Claude Frossard le dit, il s'est inspiré de la vision des champs et autres paysages. Des champs où l'homme a tracé ses sillons, où il a creusé des trous pour y verser les graines.

Des paysages de cendre

Certes, cette référence au monde réel est devenue lointaine, réduite à un horizon. Mais les toiles ou les fils de lin contiennent en eux-mêmes cette allusion à la plante, à l'agriculture. Les amalgames de papier journal tissé et teinté, baptisés Métal, évoquent «des paysages de cendre», ou plutôt des murs de grosses pierres concassées. Bref, quelque entité prégnante, plus lourde qu'il y paraît. Parfois, les mots laissés apparents sur le papier journal cohabitent avec l'opacité de la couleur argent, et de cette opposition entre la compréhension et le mystère naissent des formes. Des formes géométriques, qui ne disent qu'elles-mêmes.

Frossard. Manoir de la ville de Martigny (pl. du Manoir 1, tél. 027/721 22 30). Tous les jours 14h-18h. Jusqu'au 14 septembre.