Musique

Frustration, l’automne dans leurs cœurs

Le groupe post-punk parisien passe par Lausanne et Genève. Coup de fil au chanteur Fabrice Gilbert

Si la voix de Fabrice Gilbert semble immédiatement familière, c’est parce qu’elle évoque parfois celle de l’icône Ian Curtis, chanteur de Joy Division qui s’est suicidé à 23 ans, en 1980. Un jour qu’il passait par Manchester, le Parisien s’est d’ailleurs arrêté devant la maison du drame, se contentant de poser sa main sur un mur. L’influence est là, évidente, jusque dans la ligne de basse d’Empires of Shame, morceau-titre du troisième album de Frustration, sorti en 2016, et qui cite explicitement la mélodie jouée par Peter Hook sur le She’s Lost Control des Mancuniens. Fabrice Gilbert l’assume, estime qu’il y a pire dans la vie que d’être comparé à Ian Curtis, et il a bien raison, tant la musique de son groupe, qui puise allègrement dans le bouillonnant chaudron du post-punk anglais de l’aube des années 1980, est on ne peut plus recommandable.

L’aventure Frustration a démarré au printemps 2002. Alors au milieu de la trentaine, se demandant s’il devait se ranger du rock’n’roll, Fabrice Gilbert a décidé que non et a réuni autour de lui quatre musiciens, dont deux jouaient à ses côtés au sein des Teckels, une formation «de oï et de street punk», pour reprendre ses mots. Après plusieurs mois de répétitions sans avoir de nom, «car on ne met pas la charrue avant les bœufs comme trop de groupes», Frustration donnait son premier concert en décembre 2003. «Au début, l’idée était de jouer trois-quatre fois par an, de faire ça en dilettante… Mais ça ne s’est pas du tout passé comme ça, ce qui est par ailleurs super.»