Al'âge de 81 ans, l'écrivain italien Franco Lucentini, qui souffrait d'un cancer des poumons, s'est donné la mort lundi matin à Turin en se jetant dans le vide depuis les escaliers de sa maison. Il s'était fait connaître pour sa collaboration fructueuse et pleine d'humour avec Carlo Fruttero. Sous le sigle «Fruttero & Lucentini», ils avaient en effet signé de nombreux essais et romans à quatre mains. Une véritable machine littéraire qui a fonctionné pendant près de quarante ans, avec un seul mot d'ordre: la virtuosité.

Ecrivain, interprète (vingt langues avec son inséparable acolyte!), journaliste, résistant antimussolinien, Franco Lucentini s'est colleté avec un nombre invraisemblable de genres d'écriture, du roman au théâtre, mais aussi des scénarios pour la télévision et le cinéma. Il a été collaborateur, toujours avec Fruttero, des éditeurs Einaudi et Mondadori et ex-directeur, avec son ami encore, de la revue de science-fiction Urania.

Mais c'est avec leur premier grand polar, La Femme du dimanche, que le duo s'est fait connaître en 1972, surtout après que celui-ci fut adapté au cinéma par Luigi Comencini trois ans plus tard, avec Marcello Mastroianni dans le rôle du fameux commissaire Santamaria, Jacqueline Bisset et Jean-Louis Trintignant. Parmi leurs autres œuvres aux titres métaphysiques, il faut encore citer La Signification de l'existence (1977), La Prédominance du crétin (1985), La Sauvegarde du sourire (1988) ou la pièce de théâtre La Chose en soi (1982).

Avec la mort de Lucentini, c'est une drôle d'histoire qui se termine donc. Une histoire comme «aller au cinéma, consumer à l'ombre d'une histoire quelconque la fin de la nôtre…» (L'Amant sans domicile fixe, 1986).