Michel Fugain, bientôt 65 ans mais la voix toujours claire, vient de publier Bravo et Merci! Un disque sur lequel, après quarante ans de carrière, l'interprète de «Fais comme l'oiseau» ou «Une belle histoire» rend hommage à ses confrères et consœurs de la chanson française. Plutôt que de se livrer à l'exercice dans l'air du temps de la reprise - comme Gréco, Jonasz ou Hardy ces derniers mois -, l'ancienne âme du Big Bazar salue les plumes qu'il admire par le biais de textes inédits offerts directement par les artistes en question. Le mélodiste Fugain se chargeant de les mettre en musique à sa façon.

Au final, le générique de Bravo et Merci! offre un étourdissant casting au sein duquel se côtoient Charles Aznavour, Serge Lama, Louis Chedid, Claude Nougaro, Maxime Le Forestier, Françoise Hardy, Véronique Sanson, Gérard Manset, Allain Leprest, Salvatore Adamo, Michel Sardou et Yves Duteil. Un Yves Duteil qui signe d'ailleurs les paroles de la chanson éponyme de l'album, «Bravo et Merci», qui résume l'idée maîtresse de Fugain en remerciant «tous les Pierrots des nuits sans lune/Dont les bonheurs, les infortunes/Ont fait les grands soirs de nos vies».

«J'étais un homme à terre»

La démarche de Fugain, assez singulière, puisqu'il s'est fendu d'une lettre à tous les auteurs pour leur expliquer son projet hommage, a été entreprise en 2003 à un moment aussi douloureux que charnière de son existence. En mai 2002, Fugain perd en effet sa fille Laurette d'une leucémie. S'ensuit pour lui une longue période de dépression: «J'ai écrit cette lettre quand j'étais un homme à terre. Je n'avais plus goût à rien. Je n'avais qu'une envie, m'arrêter... mourir.» Ce qui explique sans doute son envie de réaliser en parallèle une forme de bilan artistique indirect par le biais de paroles qui avaient jusque-là nourri son imaginaire. Ce qui explique peut-être aussi la tonalité douce-amère, nostalgique du répertoire que charrie Bravo et Merci! «Je parlerai de toi» (Aznavour), «La rue du Babouin» (Hardy), «Les imbéciles heureux» (Leprest) ou «Ça dure un jour» (Manset) jouent des souvenirs.

Pour ces titres clairs-obscurs, Michel Fugain a par contre imaginé en contrepoint des partitions assez légères et souriantes. Histoire «d'éviter de plomber davantage l'atmosphère» dit-il. Les humeurs musicales, tour à tour pop, hispanisante, italienne façon Nino Rota, reggae, privilégient aussi des douceurs exotiques.

Sur cet album de bonne compagnie, sans être une perfection, on retrouve aussi avec plaisir un texte soucieux d'écologie signé Claude Nougaro («La Terre est servie»), que le Toulousain a laissé à Fugain juste avant de prendre la tangente.

Bravo et Merci! (Capitol-EMI).