Cinéma

Fukushima, le jour d’après

«No Man’s Zone», documentaire décevant sur la catastrophe

Les grands événements (crise économique, catastrophe naturelle…) doivent infuser au moins douze mois avant d’accéder au cinéma. Voici le premier film issu de Fukushima. Le 11 mars 2011, un tsunami dévaste la côte japonaise. Trois jours plus tard, la centrale de Fukushima explose, provoquant la plus grave catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl. Le cinéaste Toshi Fujiwara et son équipe investissent rapidement la zone ravagée et poursuivent pendant des mois leur travail de documentation.

Le filme s’ouvre avec un panoramique à 360 degrés sur les décombres, suivi de longs travellings sur des paysages désertés. Ces mouvements dénués de présence humaine semblent dénoter une approche contemplative, abstraite du désastre. Mais bientôt le cinéaste rencontre des victimes, paysans arrachés à leurs terres ­détruites par le sel et la radio­activité. Il enregistre longuement leurs témoignages empreints de fatalisme.

Montrer l’invisible

On apprend, détail révélateur de l’âme japonaise, que les centrales nucléaires ne se voient pas plus que le pouvoir impérial à Tokyo: «Au Japon, tout ce qui est puissant est caché.» En filigrane, No Man’s Zone dénonce les indécisions du gouvernement, qui commence par ménager une zone de sécurité de deux kilomètres autour des réacteurs en fusion, avant de l’élargir de 20, puis 40 kilomètres.

Tiraillé entre la compassion pour les victimes et l’envie de ridiculiser les autorités, ne refusant pas les facilités symboliques (une balançoire immobile, une peluche Hello Kitty abandonnée…), flottant entre élégie et pamphlet, lesté par une voix off (la comédienne Arsinée Khanjian) qui égrène quelques banalités, encombré d’une musique au minimalisme séraphique (la basse lyrique de Barre Phillips enrubannée de voix féminine), No Man’s Zone aborde de façon bien peu inventive, bien peu pugnace une tragédie d’envergure mondiale.

Peut-être eût-il fallu la sensibilité poétique d’une Naomi Kawase pour exprimer l’âme de la nature blessée. Peut-être aussi que le documentaire a plus de mal que la fiction à montrer l’invisible (les particules radioactives). En deçà du littoral fracassé, les jardins fleuris, les forêts paisibles, le cimetière assoupi sous la pluie n’atteignent jamais à la force évocatrice de Stalker ou des paysages calcinés de The Road.

V No Man’s Zone, de Toshi Fujiwara (Japon/France, 2012), 1h43.

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