Même s’il n’a jamais travaillé du temps du muet, à l’instar de Chaplin ou Keaton, qui eurent toutes les peines du monde à se faire à l’idée que le cinéma est un jour devenu parlant, Jacques Tati (1907-1982) est le tenant d’un comique visuel qui n’a pas besoin de dialogues ciselés pour provoquer le rire. Venu lui aussi du music-hall, il a toujours joué sur un comique de situation et des effets burlesques pour construire ses gags, tout en utilisant toutes les possibilités offertes par le médium cinéma, en termes de profondeurs de champ et de montage notamment.

Mais malgré la dimension avant tout visuelle de son humour, Tati a fait œuvre de pionnier dans sa manière d’utiliser le potentiel sonore du cinéma. Au-delà de dialogues souvent inaudibles participant à la mise en place d’une atmosphère à défaut de faire sens, il a régulièrement utilisé la postsynchronisation et les bruitages pour construire un gag. Exemple au début de Playtime (1967), le quatrième de ses six longs métrages: dans le hall d’un aéroport, on entend un aboiement tandis qu’à l’image on voit une femme caressant son sac. Mais où est le chien? Dans le sac, dans le hors-champ? On ne le saura pas, comme lorsque, à la fin de ce film stigmatisant l’inhumaine froideur des villes modernes, on entendra le chant d’un coq alors qu’on ne voit que des buildings.