Ernest Renan, cité en exergue, l’avait formulé: «Autant les conquêtes entre races égales doivent être blâmées, autant la régénération des races inférieures ou abâtardies par les races supérieures est dans l’ordre providentiel de l’humanité.» Firmin Falaise veut mettre en œuvre ce programme. Pendant qu’en 1885 les puissances européennes se partagent l’Afrique de l’Ouest lors de la Conférence de Berlin, ce jeune apprenti diplomate, par ailleurs violoncelliste amateur, a la révélation de la mission civilisatrice de la musique occidentale. «Au prosaïsme accablant des Anglais, au mercantilisme infantile des Portugais et à la brutale cupidité des Belges, le pays de Montaigne se devait d’opposer sa conception humaniste.» Il élabore un projet de «conservatoires destinés aux enfants nègres» tous doués, on le sait, d’un sens naturel du rythme. Accueilli avec condescendance, le dossier somnole jusqu’à ce qu’en 1898, on le réveille au moment où la France a besoin de redorer l’image de son épopée africaine.