Discret. Marco Repetto a l'élégance et l'affabilité des grands artistes. Une réserve qui explique son relatif anonymat de ce côté-ci de la Sarine. A 42 ans, ce Bernois d'origine italienne possède pourtant l'un des plus beaux tableaux de chasse des musiciens techno suisses. Membre fondateur de Grauzone, groupe culte de la new wave et influence revendiquée de nombreux artistes et DJ's, le musicien manie synthétiseurs et platines depuis près de vingt ans. A la naissance de son fils Angelo, il a rangé ses fûts de batteur, quitté les locaux de répétition. Dans son appartement, il a installé un petit studio, trafiquant sur un synthétiseur et une boîte à rythmes. Lassé par le rock et son fonctionnement par cliché, il s'est plongé dans la musique électronique, créant des paysages sonores industriels et synthétiques, dans l'esprit de groupes comme Cabaret Voltaire ou Coil.

L'explosion de la house dans les pays anglo-saxons a incité Marco Repetto à se lancer professionnellement dans le marché musical. Dès 1989, il commence à produire des disques pour différentes maisons de disques dont Rephlex, l'écurie dirigée par Aphex Twin le maître de la techno expérimentale. Compositeur et DJ, il élargit ses activités en créant son propre label Axodya, puis Inzec. Associé au producteur Daniel Wihler, il vient de sortir un nouvel album ambient bruissant de sonorités synthétiques organiques. Une suite de compositions apaisantes et lumineuses inspirées par l'univers végétal et aquatique.

Le Temps: Vous composez sur des machines depuis près de vingt ans. La machine vous a-t-elle toujours paru l'instrument idéal de vos recherches?

Marco Repetto: Lorsque Grauzone a débuté, étant alors batteur, j'étais réfractaire aux boîtes à rythmes. Je considérais cela comme une concurrence. Et puis j'ai commencé progressivement à faire des expériences avec les synthés. Ce que j'appréciais avant tout, c'est que ces instruments produisent de la musique presque sans intervention humaine. A l'époque, les sons électroniques étaient très propres, très cliniques. C'était la réponse de l'Europe à l'invasion anglo-saxonne, à tous les clichés ressassés du rock business.

– Grauzone a connu un succès énorme en Allemagne, notamment avec le morceau «Eisbär». Et puis, très vite, le groupe s'est dissous. Quel souvenir en gardez-vous?

– Grauzone a été plus important pour ses fans que pour moi. Le groupe n'a véritablement duré qu'un an. Nous étions alors comme une constellation d'artistes. Un noyau très inspiré. Mais le succès du tube «Eisbär» a tout ébranlé. Soudain, nous n'étions plus les seuls à prendre des décisions. Depuis notre séparation, je n'ai plus aucun contact avec ces musiciens. J'ai bien aimé les premiers albums de Stephan Eicher, mais son trip à la Bruce Springsteen ne m'intéresse pas. Son succès ne me rend pas envieux. Je suis content d'avoir pu produire la musique de manière indépendante.

– Cette indépendance, les machines l'ont favorisée…

– Sans doute. Mais il n'y a pas que cela. Toute la philosophie du punk a nourri cet esprit. Aujourd'hui, de nombreux musiciens électroniques créent leur propre label. Les centres autonomes, les grands clubs, l'esprit qui règne dans certaines parties: tout cela découle du combat des générations passées. Lorsque la house a explosé en Angleterre, je n'ai pas senti de césure. C'était plutôt une continuité. Une version plus sexy et dansante de la musique électronique que nous produisions alors en Europe.

– Quel rapport entretenez-vous avec les machines? Les collectionnez-vous?

– Je n'achète pas souvent de machines. Je me suis séparé de mes vieilles boîtes à rythmes. Je ne voulais pas que la maison Roland dicte ma musique. Ces instruments ont été importants dans le développement de la techno. Sans eux, cette musique n'existerait pas. Mais je préfère construire mes rythmes à ma manière.

– Durant les années 90 vous avez produit de nombreux albums sur vos labels ainsi qu'à l'étranger, tout en vous spécialisant dans l'ambient. Un genre musical plutôt confidentiel très différent de la techno…

– Je sais que cette musique ne marche pas bien en Suisse romande. Mais dans les fêtes alémaniques, il y a toujours un espace ambient, un chill-out. Tout club techno se doit d'avoir ce type de salle. Bien décoré, bien sonorisé, un pareil lieu attire du monde.

– N'avez-vous pas l'impression d'être des artistes prétexte? Aucune affiche de rave n'est bâtie autour de la programmation ambient…

– C'est pour cette raison que je me bats vraiment pour cette musique. De plus en plus de gens s'intéressent aujourd'hui à ce genre. Je le remarque dans les fêtes commerciales auxquelles je participe, les kids sont attirés par des sonorités plus sophistiquées.

– Cela ne vous gêne-t-il pas d'être associé à ces grandes raves industrielles?

– Pas du tout. L'intérêt, la curiosité que suscite notre musique me conforte dans mon choix. Je ne veux pas réserver ma musique à des initiés. L'essentiel est de ne jamais faire de compromis.

Marco Repetto en live samedi 8 janv. au Rohstofflager, Josefstr. 224, Zurich. Avec Gangsta, Eric Borgo, Styro 2000, etc. Ouverture des portes dès 22h30.

Trèci Mjèsêc, par Bigeneric, alias Marco Repetto (Axodya3.0/Disctrade).