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Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans «Un singe en hiver».
© DR

Les nanars à revoir

Quand Gabin et Belmondo s’adonnaient à de bruyantes singeries

Chaque jeudi de l’été, «Le Temps» revient sur un navet qui a marqué l’histoire du 7e art

Au cours de ses mufflées sauvages, Albert Quentin (Jean Gabin), taulier à Tigreville, évoque le bon vieux temps du service militaire sur le Yang-Tseu-Kiang. Boum! C’est le débarquement. La ville est pilonnée. Le soiffard jure de ne plus toucher à un verre s’il s’en sort vivant. Quinze ans plus tard, il a respecté son serment d’ivrogne. Un soir d’octobre pluvieux, Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo) descend à l’hôtel Stella et part aussitôt s’enquiller des Picon bières au troquet d’en face. Lui, c’est l’Espagne qu’il invoque quand il a un verre dans le nez. Plein comme un coing, il danse le flamenco sur la table, insulte les consommateurs et rentre sur les deux trottoirs.

Ce n’est pas le vin qui manque à Quentin, mais l’ivresse. Le pochetron repenti a reconnu chez son hôte un alter ego, «un prince de la cuite» apte à «tutoyer les anges». Va-t-il résister à l’appel de Bacchus?

Eloge enflammé de l’alcoolisme, Un singe en hiver (1962) est tiré d’un roman d’Antoine Blondin. Il ne manque pas de qualités littéraires. Mais les deux comédiens peinent à donner vie à ces longues tirades émaillées de mots d’auteur. Et l’ivrognerie est un des spectacles les plus fastidieux que le cinéma ait à proposer. Henri Verneuil le confirme à travers une accumulation de rodomontades imbibées et autres babouineries à 3%: on beugle Nuits de Chine, on fait du grabuge… La scène culte où Gabriel torée avec des voitures sous les vivats de la foule s’avère effrayamment nulle. Pourquoi les tonitruants héros de cette geste «tendrement, affectueusement» misogyne se murgent-ils? Pour conjurer l’avènement de la nuit, pour oublier un chagrin d’amour…

Seul film dont Gabin et Belmondo partagent l’affiche, Un singe en hiver tient du rituel de passage entre le mastodonte venu des années 30 et le chenapan issu de la Nouvelle Vague. S’il excelle dans les rôles tragiques de prolo (La bête humaine, Le jour se lève…), de dur (Touchez pas au grisbi) et même de vieux con (Le clan des Siciliens), le Dabe est à la peine dans la comédie. L’œil arrondi, la bajoue frissonnante, la truculence excessive, l’hilarité forcée, il fait peine à voir. Quant au jeune Bébel, son effronterie gauche, ses inclinations au prognathisme, ses gestes excessifs préfigurent les gesticulations guignolesques de ses années crépusculaires.

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