On entre de plain-pied dans Hôtel Andromeda: deux femmes boivent le thé au dernier étage d’une maison londonienne. «Je n’ai que des morceaux», dit la plus âgée. Elle parle du sucre, mais la plus jeune, elle aussi, n’a que des morceaux. C’est de cela qu’elle est venue se plaindre: le livre auquel elle travaille peine à prendre forme. Elle ne trouve pas le fil qui relierait ces fragments et s’interroge sur le sens d’une démarche qui, croit-elle, n’intéresse qu’elle. Elle évoque aussi sa sœur, Alice, quelque part du côté de la Russie, dont elle n’a aucune nouvelle: «Même dans mes rêves, elle ne m’en donne pas.»

Sur quoi porte le livre d’Helena? Où est sa sœur et qu’y fait-elle? On l’apprend peu à peu, à travers d’autres dialogues, la plupart ont lieu dans cette maison. Au sous-sol habite Tom qui écrit des romans et voudrait retenir Helena plus souvent, mais son lit est trop étroit pour qu’elle s’y attarde. Elle vit et travaille au rez-de-chaussée. Au-dessus de sa tête, une famille emménage, on ne les verra que peu. Tout en haut, «sur le toit du monde», Ruth, la vieille dame. Elle a des origines russes, fume beaucoup et le détachement de l’âge lui permet de relativiser les angoisses de sa voisine.