Cinéma

Gabriele Ferzetti s’éclipse à 90 ans

Du jeune premier au pur salaud, de «L’avventura» à «Il était fois dans l’Ouest», ce grand séducteur du cinéma italien aura tout joué

Avec la mort de Gabriele Ferzetti, mercredi à Rome, c’est une de leurs plus grandes vedettes que le cinéma et le théâtre italiens viennent de perdre. Si son nom n’était plus aussi connu des jeunes générations, ce bel acteur des années 1950-70 aura traversé tous les genres en presque soixante ans de carrière (plus de 130 films et 30 téléfilms). Avec pour sommet incontestable son rôle d’architecte play-boy trentenaire dans L’avventura de Michelangelo Antonioni, film clé de la modernité cinématographique.

Né à Rome le 17 mars 1925, ce fils de bonne famille débuta à l’écran dès l’âge de 16 ans avant de se rabattre sur la scène durant la guerre. Après celle-ci, il manquera le train du néoréalisme, passant des planches avec Visconti (Comme il vous plaira de Shakespeare) à l’écran dans le rôle-titre du Puccini de Carmine Gallone. 1953 sera l’année de sa révélation, avec trois films marquants: Le Soleil dans les yeux d’Antonio Pietrangeli, Vêtir ceux qui sont nus de Marcello Pagliero et surtout La Provinciale de Mario Soldati, d’après Alberto Moravia, où il campe le mari trompé par l’héroïne, Gina Lollobrigida.

A l’ombre de Mastroianni

Sa belle prestance fait de lui un Casanova convaincant (1955) ou un noble Fabius Maximus, vainqueur d’Hannibal (1959). Mais sa spécialité en ces années est plutôt le rôle de l’amoureux incertain, séducteur peu fiable et mâle qui cache ses propres failles. C’est Michelangelo Antonioni qui l’immortalisera ainsi dans Femmes entre elles (Le amiche, 1955, d’après Cesare Pavese) et surtout L’avventura (1960), passant de la disparue Lea Massari à son amie Monica Vitti. Mais l’année de ce triomphe, il n’est pas moins mémorable en déserteur dans le tragique La Longue Nuit de 43 de Florestano Vancini.

Avec l’avènement de Marcello Mastroianni, les meilleurs rôles commencent cependant à échapper à Ferzetti. Sans rancœur apparente, il se rabat alors sur des seconds rôles: chef mafieux dans A chacun son dû d’Elio Petri, pater familias hypocrite dans Ce merveilleux automne de Mauro Bolognini ou membre d’un groupe de vieux nazis dans Portier de nuit de Liliana Cavani. On se souviendra surtout de lui en baron du rail d’Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone ou en Marc-Ange Draco, l’allié surprise (et futur beau-père) de James Bond dans Au service secret de Sa Majesté.

Marié à l’héritière milanaise Maria Grazia Eminente, dont il eut une fille (Anna, compagne de l’acteur Pierfrancesco Favino), Gabriele Ferzetti fut un séducteur plus discret dans la vie. Loin des magazines people, sa belle carrière internationale (Carné, Huston, Costa-Gavras, etc.) déclina doucement jusqu’à des rôles de patriarches (Io sono l’amore de Luca Guadagnino) et une retraite bien méritée en 2010.

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